La région n’est pas le dindon de la farce

Carrefour des lecteurs
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Le Quotidien
OPINION / Des scientifiques et des experts neutres et indépendants, à ne surtout pas confondre avec des militants, essaient encore de nous en passer une petite vite à nous, les citoyens de deuxième ordre du Saguenay-Lac-Saint-Jean! Cette fois, on nous propose de sacrifier la navigation sur le Saguenay, notre développement économique et l’avenir du port de Grande-Anse, pour que des projets majeurs puissent, heureusement, se réaliser à Québec, Montréal, Trois-Rivières et ailleurs dans le Saint-Laurent, et que la région demeure un «havre de paix».

On entend souvent dire que le diable est dans les détails. Dans le dossier de la demande de suspension de la navigation sur le Saguenay faite par des experts cette semaine, je le trouve gros le détail. On nous dit, pour nous rassurer, que ce ne serait que temporaire, cette suspension de la navigation. Quelques années de pause seulement pour les Saguenéens et les Jeannois, pour le bien supérieur de la nation. Il faut être bien naïf, d’abord, pour croire à cela, une pause temporaire…

Car céder maintenant, c’est céder pour toujours, et pas juste dans les grands projets actuels et à venir, mais dans tout, jusque dans les croisières et dans les activités de plaisance. Ensuite, comment croire en la neutralité scientifique de la demande alors qu’elle est faite par des militants faisant déjà campagne ouvertement contre certains projets, depuis des années, comme le projet GNL Québec. Pour moi, c’est ajouter l’insulte à l’injure quand on a le culot de dire que non, là cette fois, c’est juste la science qui parle, on ne vise personne ni aucun promoteur. Au moins, on a la confirmation par l’inverse qu’auparavant, finalement, les sorties n’étaient pas motivées par la science et rien que la science.

Et pendant cette pause que la région respecterait seule comme une grande, bien sûr, les ports ailleurs au Québec pourront faire leurs projets tranquilles. Aller voir sur Internet tout ce qui se trouve dans les cartons le long du Saint-Laurent : des emplois et des retombées à coup de centaines de millions de $ juste à Québec et à Montréal. Mais ici, rien. On laisserait faire pour que les grandes villes se développent, comme si c’était leur droit divin.

Ceci dit, je crois que le sort des bélugas est très important. Je crois qu’il est nécessaire que les chercheurs, les vrais experts, cherchent des solutions et soient appuyés pour ce faire par les promoteurs, les usagers du Saguenay et les gouvernements.

Je pense qu’il faut déployer des mesures intelligentes, réalistes et sensées pour protéger les mammifères marins. Mais je pense que cela passe par le contraire de ce que les militants et certains experts prétendument neutres font actuellement : opposer systématiquement le développement économique et la protection de l’environnement, au lieu de travailler en concertation et dans la transparence en visant le bien commun.

Soyez attentif quand vous lirez ou écouterez certains experts et militants, toujours les mêmes, partout, sur tous les sujets, parler : ils sont les premiers à dire qu’il ne faut absolument pas opposer économie et environnement, avant de systématiquement poser des gestes pour mettre de l’huile sur le feu.

Comme ce fut le cas cette semaine. Notre région n’a pas à être le dindon de la farce une fois de plus et ne doit surtout pas se laisser endormir. Nous aussi avons le droit de diversifier notre économie et d’avoir des emplois de qualité, autant dans le tourisme que dans le domaine industriel.

Francine Tremblay

Chicoutimi