La réalité des travailleurs de rue de Chicoutimi en temps de pandémie

Carrefour des lecteurs
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Le Quotidien
OPINION / Le travail de rue en temps de pandémie, c’est autant un euphémisme qu’une nécessité.

Ce texte est signé par l'équipe du Service de travail de rue de Chicoutimi

Lorsqu’on parle de l’approche de proximité, on pense à aller vers les gens, s’intégrer peu à peu dans leur milieu de vie, apprendre à décoder nos usagers par leur expression faciale, respecter leur rythme, sans imposer notre présence et nos règles…

Exactement l’inverse de ce qui nous est recommandé présentement. Il faut prendre nos distances, porter un masque, limiter nos interventions dans les milieux de vie des personnes, faire respecter les mesures d’hygiène, pour nous protéger, nous, travailleurs, mais également protéger eux, nos usagers.

Il n’en demeure pas moins que notre rôle est primordial pour ces gens en ces temps de crise.

Le travailleur de rue est une référence pour eux, parfois même le dernier lien avec la société. Même si nous portons le masque, gardons deux mètres de distance et faisons respecter des règles plus qu’à l’habitude, nous sommes en mesure de continuer à aller vers les gens, à leur offrir un peu de réconfort, en plus de tous les autres services. C’est un retour à l’intervention de base pour plusieurs d’entre nous. Aider les personnes à se nourrir et à trouver des endroits où l’eau est accessible et des endroits où il est possible d’aller à la toilette fait partie de notre quotidien.

La pandémie nous permet de nous recentrer sur l’humain et de redécouvrir nos usagers, qui font preuve de résilience et de compréhension quant à nos actions, au-delà de nos espérances. Maintenir nos services ouverts et même les bonifier font partie de nos défis quotidiens, et c’est possible grâce à toute l’équipe de travail, qui s’adapte de semaine en semaine aux nouvelles directives.

Il ne faut pas oublier que malgré la crise sanitaire actuelle, la pauvreté, l’itinérance, la surconsommation de drogues et la détresse psychologique ne prennent pas de repos.

Elles ont plutôt tendance à être de plus en plus présentes auprès de la population. Le travailleur de rue étant souvent le porte-parole des personnes en rupture sociale, cette tâche n’en est pas moindre en ces temps de crise.

Les centres-ville sont désertés par la population générale et sont pris d’assaut par nos usagers, qui tentent de rester près des services ouverts sans se sentir jugés et chassés.

Encore une fois, nos services de travail de rue sont nécessaires pour faciliter la cohabitation de ces réalités. La médiation est de mise dans plusieurs situations. Malheureusement, certaines personnes, malgré le bon vouloir des intervenants et de la population, continuent de ne pas être en mesure de rentrer «dans le moule».

Lorsque la santé mentale est précaire, quoi de mieux qu’une pandémie mondiale pour augmenter le sentiment de peur, d’anxiété et d’impuissance de ces personnes! Le travailleur de rue devient alors un rempart pour ces personnes, tentant du mieux qu’il peut d’apaiser et de démystifier la situation.

Le Service de travail de rue de Chicoutimi ne manque pas d’idées et de bonne volonté pour aller rejoindre ces personnes, en travaillant sur un projet de site de prévention des surdoses, en déployant plus de personnel à la rencontre des personnes en situation d’itinérance et, surtout, en maintenant tous ses services actifs.

L’année 2020 sera à jamais inscrite dans les mémoires collectives, toutes populations confondues, un événement qui nous ramène à l’importance des liens avec les autres, à l’essentiel.