L'ancien juge à la retraite avait fêté son 72e anniversaire de naissance le 15 janvier dernier.

La perte d'un juriste d'exception

OPINIONS / J'ai débuté ma carrière professionnelle à titre de « stagiaire » de Me Louis-Charles Fournier, vedette journalière du Quotidien, en 1983.
J'ai donc été à même de constater ses sautes d'humeur (sans conséquence), sa gentillesse, sa vigueur d'esprit et, surtout, sa grande connaissance des concepts du droit criminel canadien. Après deux semaines de travail commun, quelle ne fut pas ma surprise de l'entendre me dire : « Je pars en vacances pour le mois ; si t'as un cas de meurtre au poste de police, appelle-moi, sinon arrange-toi » ! Du grand ... et vrai Louis-Charles.
Louis-Charles avait cette capacité donnée à peu de juristes de voir loin, d'anticiper la réaction de l'adversaire et savoir d'avance comment positionner son argumentation en fonction des réponses des témoins. Avec lui, la salle de cour devenait un échiquier. Mais ce qui m'étonnait le plus, c'est le respect que tous lui vouaient : magistrats, procureurs de la Couronne (le nom du temps), collègues du Barreau et, surtout, clients.
Au moment de sa nomination à titre de juge, j'ai « hérité » de plusieurs dossiers en cours où peu de notes personnelles figuraient et où les documents se trouvaient dans un ordre questionnable. Comme les clients de l'époque m'appelaient, « le remplaçant de Louis-Charles » a fait avec. Mais ce que Louis-Charles m'a surtout légué, c'est une façon d'analyser un dossier et transposer cette analyse dans une plaidoirie que quatre années d'études universitaires n'avaient pu m'apprendre et que peu d'autres juristes auraient pu faire. Pour cela, je lui en serai toujours reconnaissant.
Louis-Charles a été un des premiers à enseigner l'art de la plaidoirie au Barreau du Québec, et ce, bien avant que l'obligation de formation professionnelle n'existe. Il n'y avait là rien de bien surprenant puisque Louis-Charles était un as de la joute oratoire. D'ailleurs, à titre de magistrat, il comprenait difficilement que certains confrères n'aient pas semblable talent. Mais surtout, le juge Fournier devenait intolérant à l'égard du procureur qui représentait mal son client. Ça, c'était bien lui !
Louis-Charles a rejoint ses amis, Fillion, Éric Brisson et Alain Côté pour un « p'tit gin de 5 h », comme au temps du 110 Racine Est. À mes amis et à Louis-Charles, je dis : gardez-en un peu. À mon ami Louis-Charles, je dis salut et surtout merci !
Daniel Gagnon
Directeur du programme MBA pour cadres
UQAC