La logique de l'engagement

OPINION / L’effet de surprise semble dominer parmi ceux et celles qui se penchent sur la décision à première vue étonnante de Vincent Marissal de se lancer en politique en joignant les rangs de Québec solidaire. Dans son article du 4 avril, Yves Boisvert, de La Presse, souligne entre autres choses que « Seuls les militants les plus fervents, les militants de la militance comme je les appelle, imaginent un programme politique comme un catéchisme inaltérable, où toutes les questions fondamentales trouvent leur réponse nécessaire et définitive. » C’est principalement sur cela que je souhaite m’attarder.

Pour les besoins de ma démonstration, supposons un instant qu’un problème précis dans notre société trouve sa solution précise et que cette dernière fait consensus. Rare, mais pas impossible ou incongru. Quand, d’un commun accord, les membres d’une société décident d’emprunter consciemment une voie, sommes-nous devant un phénomène qui ne pourra pas être décrit par le biais du langage ? D’ailleurs, existe-t-il la moindre chose ne pouvant être décrite par l’entremise du langage ? Ma fréquentation de la poésie m’indique que non. Les solutions idoines pour faire avancer nos sociétés seront toujours traduisibles en mots et ce sont justement les mots qui arrivent en premier lieu, après avoir cristallisé une idée pour la rendre disponible, pour qu’ensuite les gestes qui en découlent soient posés.

Le programme de Québec solidaire n’est pas un ramassis d’idées pieuses forgées par des esprits radicaux refusant de réfléchir en dehors de l’absolutisme. Il est concrètement le contraire de cela et ce n’est pas pour rien que sa rédaction a été plus longue qu’au sein des autres partis politiques, la démocratie participative étant un fait de tous les jours chez QS et non un vœu pieux. À vrai dire, c’est ma lecture attentive de ce programme qui m’amène à écrire ces lignes. J’ai été très agréablement surpris de retrouver dans ce document la quasi-totalité des préoccupations sociales et politiques qui sont les miennes depuis quatre décennies. Comment ne pas adhérer à un tel projet, à un renouveau si enthousiasmant ?

Ma lecture m’a aussi fait réaliser que ce parti était le seul à jouir d’un double statut au Québec, et peut-être le premier. QS est maintenant un parti politique au sens conventionnel du terme en ce qu’il a des députés à l’Assemblée nationale, douze ans d’existence et une présence médiatique correspondant à celle d’un parti de sa dimension et de sa pénétration sociale. Mais voilà, QS jouit également d’un statut virginal et intact en ce que ses aspirations de départ n’ont pas été diluées par le temps et l’usure et que ce parti peut bénéficier à la fois d’une maturité d’existence et d’un réalisme tout en continuant d’être et d’incarner des valeurs que nous avons tous à cœur et qui s’effritent trop souvent avec les années. Je crois que M. Marissal a bien perçu cela et que sa motivation ne peut que s’en être nourrie. Que pourrions-nous donc lui reprocher devant la logique de son engagement ?

Il se pourrait fort bien que la population et le monde politique voient de plus en plus de pointures intéressantes faire le saut chez Québec solidaire, car ce saut est le seul pouvant nous permettre de faire un grand bond en avant. Au-delà de toute profession de foi ou d’idéalisme, tous se rangeront pour admettre que la réalité nue des dernières décennies politiques est une preuve accablante de l’incapacité de nos dirigeants à nous sortir de la politique politicienne et des calculs électoraux ne tenant compte des citoyens qu’environ deux mois à tous les quatre ans. On peut bien vouloir taxer l’idéalisme d’appartenir à l’irréalisable, mais quand l’état des lieux est déplorable et que le cynisme règne, quelle autre tangente qu’un idéal commun pourrait nous sortir du marasme ? Cela aussi, Vincent Marissal semble l’avoir compris.

Au final, devant ce constat, qui s’étonnera que je souhaite maintenant appuyer Québec solidaire de toutes mes forces ? Certainement pas les péquistes.

Guy Buckley, Champlain