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La liste toute puissante

Carrefour des lecteurs
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Le Quotidien
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OPINION / Depuis le début de la pandémie, on nous impose des règles et des mesures qui sont essentielles au bon fonctionnement et au rétablissement de la population. Chacune de ces mesures était suivie avec une assez grande rigueur par la population, nous sommes, comme on nous l’a déjà dit, assez dociles. Notre docilité était certainement associée au sens de nos actions. On y donnait du sens, en identifiant clairement la portée de nos gestes sur notre système de santé et nos aînés.

Par Joan Simard, Chicoutimi

Nous sommes tous sensibles à une perte de sens. Quand ça n’a pas de bon sens ou pas d’allure, on arrive inévitablement à un désengagement ou une perte d’adhésion.

Ma petite histoire est toute simple. Pour Pâques, notre père de 87 ans se décide, après six mois, d’aller visiter sa conjointe, notre mère, au CHSLD. Il a enfin reçu son vaccin depuis le 21 mars et se sent protégé. Il est parfaitement en mesure d’évaluer sa situation personnelle et de prendre ses décisions. À noter qu’il s’agit d’un CHSLD où il y a eu [plusieurs décès]. C’est pourquoi il ne voyait pas comment il aurait pu se promener dans les corridors sans avoir de vaccin. C’est donc par des rencontres sur FaceTime qu’il communiquait avec notre mère.

Donc, en cette magnifique journée pascale, tout endimanché, il arrive à la réception du CHSLD et on lui dit que son nom n’est pas sur la liste et qu’il n’y a pas accès. Pourtant, nous avions eu la confirmation qu’il y était, l’automne dernier. On lui dit d’attendre à mardi pour que nous puissions l’inscrire à nouveau, puisque seuls les gens inscrits sur cette liste ont accès. Il insiste en disant qu’il est le conjoint, mais rien à faire après vérification auprès des responsables, les directives de la Santé publique et du CIUSSS sont claires à cet effet, votre nom doit être sur la liste, celle qui donne des droits.

Il est retourné chez lui, encore seul, sans avoir vu sa conjointe qui parfois le cherche encore.

Lorsqu’il m’a raconté sa sortie tellement rare, je ne peux vous exprimer toute la rage et l’amertume qui nous ont envahis, mes soeurs et moi, en plus d’une grande tristesse. Je n’en veux pas au personnel qui suit les règles, mais on a omis de dire dans les directives de la Santé publique, beaucoup trop loin du terrain, que parfois il faut aussi faire preuve de compassion. On devrait consulter les familles pour donner un visage plus humain aux décisions.

Et surtout ne pas oublier pour qui et pourquoi on fait les choses.