La grenouille et la compagnie

OPINION / Monsieur Marc St-Hilaire, Votre éditorial du 5 septembre comparant le blanc de GNL Québec à celui immaculé du béluga est fort instructif à plusieurs égards. Par contre, il est réducteur d’affirmer que nous sommes peu habitués au laxisme dans les études présentées par Rio Tinto aux autorités.

Dans le projet Vaudreuil et l’accumulation des résidus de bauxite dans le boisé Panoramique, la consultation du BAPE a été vite mise de côté par l’ex-premier ministre Couillard, contrairement à l’opinion initiale émise par son ministre de l’environnement M. Heurtel.

En lieu et place, pour avoir bonne conscience, ou plutôt comme stratégie visant l’acceptation sociale, Rio Tinto a fait réaliser une consultation publique dirigée par M. André Delisle, commissaire indépendant. Dans son rapport, celui-ci recommande à la compagnie de reprendre l’évaluation sur la localisation du site d’entreposage des résidus de bauxite en tenant compte du développement durable et pour en assurer l’acceptabilité sociale, ce qui n’a aucunement été retenu par la compagnie. De plus, on aurait pu s’attendre, comme vous le dites si bien dans votre éditorial du 10 septembre, « qu’à l’époque actuelle, nul projet ne peut se réaliser sans d’abord être évalué de façon pointue par les experts gouvernementaux » et je rajouterais, dans ce cas-ci, par les instances municipales comme gouvernements de proximité puisque le projet Vaudreuil est situé au coeur même de la ville.

Et que dire des hydrocarbures aromatiques polycycliques cancérigènes, certes en diminution, mais voguant dans le ciel de Saguenay depuis tant d’années parce que Rio Tinto réussit toujours à repousser le remplacement de ses vieilles cuves désuètes sur le plan environnemental ?

Et que dire des études de M. Marc-Urbain Proulx et de Mme Marie-Claude Prémont concernant l’utilisation par Rio Tinto de l’énergie de nos rivières ?

Et que dire des problèmes de taxation des installations de Rio Tinto soulevés par nos municipalités ?

Pour reprendre vos mots dans le dossier de GNL, que faudrait-il pour qu’il soit désormais justifié de remettre en question les prétentions de la compagnie (...) habilement enrobées par son équipe de communication ? Les positions de Rio Tinto sont ainsi difficilement contestables, même si discutables, dommageables et inquiétantes à bien des égards.

Que dire des 50 000 arbres coupés, des tourbières, des milieux humides et des ruisseaux détruits ainsi que des impacts sur la biodiversité dans le boisé Panoramique ?

Seule la disparition de l’hypothétique grenouille rainette du boisé Panoramique permettrait que soit envisagé un plan B pour la localisation de l’entreposage des résidus de bauxite selon les exigences de la Loi fédérale sur les espèces en péril (LEP).

Que la rainette se fasse entendre au plus vite pour que la compagnie bouge et propose un plan B.

Jean-Yves Langevin

Chicoutimi

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LE CHANT DES PTÉRODACTYLES

Il y a quelque chose de jurassique qui grouille et qui grenouille au Royaume du Saguenay : le projet de liquéfaction de gaz de l’Ouest. Et oui, même si nous sommes en 2019, de riches promoteurs américains nous proposent une entreprise qui aurait été appropriée en… 1989. À cette époque, les échos de Tchernobyl résonnaient encore et les craintes liées à l’approvisionnement en gaz russe en Europe étaient présentes.

Depuis, l’Europe a pris un virage au vert et Tchernobyl est devenue une série télé. Malgré tout, ces instigateurs nous présentent ce coûteux projet comme étant bien de son époque. Alors qu’un examen attentif nous démontre que c’est gros, cher et clairement fossile. N’en déplaise au conseiller Marc Pettersen.

Nul besoin d’être un archéologue des énergies anciennes pour savoir que l’Amérique du Nord a un problème de surproduction de gaz et de pétrole ; le défi premier est donc de trouver des débouchés avant que les prix s’effondrent en matière visqueuse. Qui plus est, ça permettrait de castrer ces tyrannosaures que sont la Russie et l’Arabie saoudite (ou l’Iran, au choix).

Si les objectifs enfouis sont lointains ; les impacts eux, sont locaux. Les premières victimes sont connues : les mammifères marins. Viennent ensuite les mammifères terrestres ; je connais un village à l’embouchure du Saguenay qui retournerait à l’âge de pierre. Nous qui sommes depuis longtemps à l’âge du silicone.

Ils sont bien rapaces, tous ces reptiles du développement fossile quand ils s’agitent autour d’une proie : comme si c’était leur dernier repas.

Jean-Claude Bouchard

Professeur de sciences politiques

Cégep de Jonquière