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La forêt boréale, une richesse collective?

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OPINION / Lors du reportage de l’émission Enquête sur la gestion des forêts québécoises, le président d’Alliance Forêt Boréale, Pascal Cloutier, organisme qui représente l’industrie forestière du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord, ne s’est pas caché des pressions exercées par ce groupe pour contrer la création d’aires protégées dans notre région, qui affiche le plus faible ratio de tout le Québec, une honte en matière de protection de la biodiversité. Cet organisme, qui a pour devise « La forêt boréale, une richesse collective », ne semble cependant n’avoir aucun scrupule à œuvrer en coulisse pour déposséder les citoyens du Saguenay-Lac-Saint-Jean du peu de nature intacte que ceux-ci s’efforcent de protéger. L’Alliance Forêt Boréale ose afficher que la forêt est une richesse collective alors que l’industrie forestière ne cesse de vouloir s’accaparer de façon douteuse de la moindre parcelle de forêt en ne laissant aux autres utilisateurs de la forêt que des sites improductifs comme des marécages et des dépotoirs. On comprend maintenant pourquoi le projet d’aire protégée de la rivière Péribonka est bloqué depuis trois ans au ministère des Forêts.

Par Ève Tremblay, porte-parole du Comité de sauvegarde de la rivière Péribonka

Des citoyens travaillent depuis plus de dix ans pour qu’un segment remarquable de la rivière Péribonka soit mis sous protection légale afin d’assurer la pérennité d’un patrimoine naturel de très grande valeur. Une aire protégée, réserve de biodiversité, est demandée pour préserver des paysages spectaculaires, pour préserver une biodiversité exceptionnelle, pour permettre aux citoyens d’accéder à un environnement naturel de grande qualité, pour laisser aux prochaines générations un coin de nature intacte. Aux dires de M. Cloutier, ça prend de bonnes raisons pour créer une aire protégée, ça prend des bases scientifiques, ça prend une biodiversité à protéger et ça doit viser un développement durable. Est-ce qu’une aire protégée avalisée et prise en charge par le ministère de l’Environnement peut ne pas reposer sur des bases scientifiques, est-ce que la protection d’écosystèmes forestiers exceptionnels, de vieilles forêts, des forêts rares et de trois espèces fauniques menacées dont le caribou des bois ne constituent pas de précieux éléments de la biodiversité à protéger? Est-ce que le développement de l’industrie écotouristique qui est en pleine croissance dans notre région n’est pas une sérieuse raison pour protéger un potentiel nature de très grande valeur et est-ce que la protection d’un territoire exceptionnel comme ce segment de la rivière Péribonka ne constitue pas justement du développement durable? Même l’industrie forestière a reconnu par le passé dans le cadre de la certification FSC l’importante valeur environnementale de la rivière Péribonka en y désignant des aires protégées et des forêts à haute valeur de conservation.

Mais il est évident que tous ces arguments ne veulent que camoufler la véritable raison d’une opposition systématique à la création d’aires protégées dans notre région et c’est la perte de possibilité forestière. Là-dessus aussi nous pouvons vous rassurer, M. Cloutier.

Le couloir visuel de la rivière Péribonka qui ne représente qu’une mince lisière d’un kilomètre et demi de large le long de la rivière est un secteur où les contraintes à la récolte sont nombreuses et où les activités forestières sont peu rentables, n’ayant qu’un impact négligeable sur la possibilité forestière alors que cette zone est d’une importance cruciale pour la préservation de paysages exceptionnels, pour la protection d’une rare biodiversité et pour l’aménagement d’infrastructures écotouristiques.

La protection de la rivière Péribonka est un enjeu national, cette magnifique rivière que nous avons la chance d’avoir dans notre région est un des plus beaux joyaux du patrimoine naturel du Québec et c’est aussi un enjeu économique d’importance pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean. De plus, ce projet d’aire protégée possède une grande acceptabilité sociale à travers tout le Québec en plus d’être soutenu par deux ministères (MELCC et MRN) ainsi que par toute l’industrie touristique de la région. Alors, qu’attend l’Alliance Forêt Boréale pour prouver aux citoyens du Québec que sa devise « La forêt boréale, une richesse collective », ce n’est pas seulement une richesse réservée à l’industrie forestière? Qu’attend le conseil d’administration de l’Alliance Forêt Boréale pour appuyer un important projet d’aire protégée démontrant ainsi que l’industrie forestière est capable de laisser aux citoyens de la région autre chose que des miettes dérisoires comme aires protégées? Ne croyez-vous pas qu’il serait temps que l’industrie forestière tienne compte des valeurs et des besoins de l’ensemble de la population régionale qui met ses forêts à sa disposition depuis cent cinquante ans? Et ne croyez-vous pas qu’il serait temps que l’industrie forestière de notre région modernise sa vision de la foresterie afin que le Saguenay-Lac-Saint-Jean cesse d’être le cancre de la protection de l’environnement au Québec? Parce que voyez-vous, M. Cloutier, il n’y a pas que le bois et l’aluminium qui font vivre la région comme vous semblez le croire, il y a aussi le tourisme et la nature, il y a aussi toutes les entreprises qui vivent de la mise en valeur de la forêt, mais une forêt debout. Et dans notre région comme partout ailleurs sur la planète, il y a une précieuse biodiversité à préserver.