La femme de mon frère, mais pas ici

OPINION / Comme j’avais hâte au début juin pour aller profiter un peu de mon temps libre pour aller voir quelques bons films au cinéma, chose que je ne fais pas assez souvent, je l’avoue. On doit se le dire, pour plusieurs, aller au cinéma n’est pas une sortie quotidienne, mais plutôt une sortie spéciale motivée par une bande annonce qui nous a donné des émotions. En tout cas, pour ma part, c’est pas mal comme ça que ça se passe.

 Vous devinerez que j’avais plus que hâte d’aller voir Rocketman et La femme de mon frère, et ce, à quelques jours d’intervalle, ce qui allait devenir la plus belle semaine cinématographique de ma vie (en excluant les semaines de REGARD, évidemment). Quelle ne fut pas ma déception de constater que La femme de mon frère n’était pas présenté à Chicoutimi ni à Jonquière, Alma ou Roberval. Misère, ça ne se parle pas ce monde-là… j’ai peine à croire que toutes les salles qui présentent Godzilla II et X-men : Dark Phoenix sont pleines depuis leur sortie. Il me semble qu’avec le nombre de salles dans la région, il pourrait y en avoir pour tous les goûts. Pour l’instant, ça ressemble plutôt à quelques cinémas situés à quelques dizaines de kilomètres les uns des autres qui se font compétition en présentant les mêmes films… Honnêtement, j’irais voir La femme de mon frère s’il était projeté à Roberval. Il me semble que ce serait même un choix stratégique qui pourrait encourager les gens à sortir un peu de leurs habitudes et de leur arrondissement pour consommer de la culture partout dans la région. Peut-être qu’on y a déjà pensé et que ça n’a pas fonctionné, mais bon… Je « brainstorme » tout haut, parce que je le répète : je serais allée à Roberval pour voir La femme de mon frère.

Je comprends que ce n’est pas aussi simple que ça, que l’offre de films québécois en région est un problème qui date depuis tant d’années. J’ai tenté de comprendre un peu mieux cette dynamique, parce que malgré ma bonne volonté, je suis cette personne qui s’indigne et qui chiale sans vraiment comprendre le fondement de la situation. Donc, par souci de crédibilité, j’ai lu sur le sujet et m’est venue l’idée de demander à Marie-Élaine Rioux de répondre à mes questions. Parce que j’ai compris que les diffuseurs et le ministère de la Culture semblent se renvoyer la balle depuis plusieurs années déjà, sans avoir réussi à résoudre la problématique… À toi, Marie, aide-nous à y voir plus clair… ou donne-nous des arguments pour chialer plus fort !

Marie-Noëlle PotvinDirectrice du festival REGARD

Consultante en communications

RÉPONSE DE MARIE-ÉLAINE RIOUX, DIRECTRICE DU FESTIVAL REGARD

Chère Marie-Noëlle, je suis dans la même situation que toi, impatiente de pouvoir me rendre à un quelconque grand écran de la région pour enfin voir le long métrage québécois de Monia Chokri, La femme de mon frère. De passage à Cannes pour représenter REGARD au Marché du court, je rêvais de revenir au Saguenay pour y avoir accès puisque là non plus, il n’était pas du tout accessible. Celui qui s’est mérité le Coup de cœur du jury et une couverture médiatique imposante sur toutes les plateformes aurait pourtant toutes les chances de rejoindre son public, ici dans la région, après autant de rayonnement post-croisette, mais aussi après le passage remarqué d’Anne-Élisabeth Bossé et Monia Chokri au Festival REGARD, la première comme porte-parole en 2016, la deuxième comme réalisatrice du court métrage Quelqu’un d’extraordinaire. Les artisans du court sont de plus en plus nombreux à passer au long et il me semble que dans la capitale du cinéma court et de la créativité numérique, on devrait profiter de cet intérêt pour le 7e art sous toutes ses formes, afin de participer au succès et à l’engouement des films comme celui de Monia Chokri.

Je suis bien déçue Marie-Noëlle de ne pouvoir t’éclairer davantage sur le pourquoi du comment, mais voici peut-être quelques hypothèses. Faute de budget du côté du distributeur, seulement quelques copies sont en circulation (eh oui, malgré que nous soyons à l’ère du numérique !) et bien évidemment, ce sont les salles de Québec et de Montréal qui ont priorité, mais aussi Joliette, Drummondville, Sherbrooke... Bien que les distributeurs ont un très grand pouvoir sur les choix de programmation des salles, même en région, il se pourrait aussi que ce soit les salles de cinéma d’ici qui préfèrent attendre de voir si le film génère autant d’achalandage que les blockbusters que tu mentionnais plus haut ! Comme toi, je serais très curieuse d’en savoir plus à ce sujet. Ma dernière hypothèse, c’est que comme la sortie de La femme de mon frère coïncide avec les vacances de tous nos ciné-clubs, son absence se fait encore plus marquante. À une autre période de l’année, ce sont les ciné-clubs qui nous permettent de voir des films que les salles commerciales se refusent de programmer, par souci de rentabilité. Et ce qui serait encore plus triste cette fois-ci, c’est que les ciné-clubs ne reprennent pas à temps ses activités pour avoir la chance de programmer les films sortis en ce début d’été. Et là, nous serons condamnés à le voir sur notre écran d’ordinateur... Enfin, il n’y a pas que les fans de Metallica qui traversent le parc des Laurentides pour avoir accès à une plus grande offre culturelle, mais aussi les cinéphiles de la région, qui n’ont nulle part en région de comparable au Cinéma Le Clap à Québec. Nous ne sommes donc pas les seules à en rêver ! Ou ne serait-ce qu’un cinéma au centre-ville avec une seule salle de projection dotée d’une programmation quotidienne qui sort des sentiers battus. À souvent constater la déception des cinéphiles face à l’offre cinématographique, la région est peut-être rendue là ! En attendant, gardons un peu d’espoir pour que l’une des copies tombe rapidement entre les mains de Roberval !