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La démocratie subtilement grugée

Carrefour des lecteurs
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Le Quotidien
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OPINION / Je veux réagir à la lettre de la Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2i) signée par un groupe de directeurs de médias dans le Carrefour des lecteurs du journal Le Quotidien, le 26 janvier dernier.

Par Marcel Lapointe, Jonquière

Les signataires y déplorent l’interdiction faite par les CISSS et CIUSSS de la province de laisser entrer les journalistes dans les soins intensifs hospitaliers pour y faire des reportages, dans des conditions strictes d’asepsie, au bénéfice de la population. Des reportages qui permettraient un meilleur éclairage du public sur ce que vit quotidiennement le personnel qui soigne des malades atteints de la COVID-19 soumis à des interventions critiques. La ventilation artificielle avec intubation prolongée administrée pour leur sauver la vie, bien qu’invasive, reste la thérapeutique de choix. Mais pour juste en comprendre les tenants et aboutissants, une formation de quelques heures seulement est loin d’être suffisante.

À mon humble avis, cette interdiction qui semble venir directement du sommet du pouvoir à Québec n’a pour but que de contrôler le message. Cependant, il s’agit ici du droit à l’information, qui permettrait une plus grande sensibilisation du public aux défis qu’a à affronter le personnel soignant en ces temps où le système hospitalier est durement mis à l’épreuve. Sans nul doute, cette liberté de presse permettrait de faire baisser le niveau d’incrédulité et d’insouciance de celles et ceux qui ne voient dans la crise sanitaire qu’une simple grippe annuelle, voire pire, un canular.

Dans un pays totalitaire, de manière permanente, le « cheuf » fait tout en son pouvoir (et il en a) pour contrôler le message. Les fuites débusquées sont sévèrement réprimées par le système. Au Québec, si ce n’est pas le cas entre deux crises, en temps de crise, c’est une autre affaire. L’opposition doit s’automuseler sous peine de subir l’opprobre du peuple majoritairement derrière le pouvoir en place ; on donne trop de pouvoir à la police ; la presse marche sur des oeufs. Du coup, les dénonciations de situations inacceptables sont cachées, à moins de provenir de sources hors champ exaspérées et courageuses.

Je pense à cette infirmière clinicienne de l’hôpital de Chicoutimi, forcée de se transformer, temporairement, en infirmière de soins intensifs covidiens, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Cette dame qui a témoigné dans ce journal, le 3 février dernier, affirme s’être retrouvée dans des conditions insoutenables au plan psychologique et a dû recourir à un congé de maladie pour décompresser.

M’est avis que l’équilibre entre ce que le peuple devrait savoir du travail en soins intensifs et ce qui relève de l’élémentaire et pudique discrétion est rompu. Que ce n’est que la pointe de l’iceberg ; que l’incontournable bilan post-pandémie ne devra pas faire l’économie des situations qu’on voudra garder dans les angles morts de la crise sanitaire ; que la situation ci-haut mentionnée serait toujours tue à défaut d’en avoir été informés par la bande, au mépris du droit du peuple à l’information.

Tous les soirs, j’écoute le bulletin de nouvelles françaises (sans pub) à TV5 où, sans surprise, la pandémie prend à peu de choses près tout l’espace. En vérité, je peux affirmer que rares sont les bulletins où on ne montre pas les reporteurs et les caméras au chevet de patients entourés des équipes de soins qui se dévouent corps et âme avec compétence et vigilance.

Cela n’a rien à voir avec le sensationnalisme et le voyeurisme médiatique ; non, cela permet de rappeler à la population l’importance de l’observance des mesures rigoureuses pour éviter que des bien portants se retrouvent atteints de la COVID à la place des patients critiques.

À voir l’attitude fermée des dirigeants du Québec quant au droit à l’information du peuple, duquel on exige de la docilité et qu’on commence à infantiliser, il y a lieu de se demander si la pandémie n’est pas devenue un prétexte pour gruger davantage nos droits démocratiques.