La culture, advienne que pourra !

Carrefour des lecteurs
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Le Quotidien
OPINION / Les gens du milieu culturel ont certes raison de souligner à quel point le monde des arts de la scène, tout particulièrement, subit les contrecoups de la pandémie. Ajoutons au fardeau le fameux 28 jours de pause qui bat son plein actuellement au Québec. Les théâtres et les salles de concert sont touchés de plein fouet par ce temps d’arrêt en zone rouge, et ce, autant que le monde de la restauration, par exemple. La culture dans le rouge, voilà le titre d’ailleurs d’un excellent texte d’opinion que j’ai lu dernièrement dans Le Soleil.

Mais la culture n’est pas en pause chez moi, malgré le triste tableau que je viens d’évoquer.

Car depuis le début de la pandémie, je n’ai jamais autant lu de toute ma vie. Faut dire que le confinement y fut pour quelque chose. Mais depuis le déconfinement de mai dernier, je n’ai pas fait relâche sur mes nouvelles habitudes de lecteur. J’ajouterais aussi que je n’ai jamais autant écrit que depuis le début de la pandémie. Je suis donc porté à constater de visu que la culture n’a jamais été aussi présente dans ma vie.

Je m’informe des nouvelles tendances artistiques, je lis les critiques de disques, etc. Alors de pause culturelle, je n’en ai point connu et je n’en connais pas plus en ce moment.

Je n’ai jamais été de ceux qui se déplacent régulièrement pour aller au théâtre, au cirque ou encore pour assister à des concerts. Je le confesse. J’ai pourtant habité Québec et Montréal plusieurs années, qui plus est, et ce n’est pas l’offre culturelle qui manquait. Je dois dire ici que mes finances personnelles ne me le permettaient pas vraiment.

Mais quand un spectacle de Robert Lepage était annoncé, je répondais présent. Je sortais mes économies et je fonçais tout en douceur à ce rendez-vous incontournable.

La pandémie ne semble pas avoir égratigné au passage le petit écran, semble-t-il. Les cotes d’écoute sont montées en flèche d’ailleurs, paraît-il, sur plusieurs chaînes télé. Mais voyez-vous, je ne regarde presque jamais la télévision, surtout pas pour me divertir. Pour les nouvelles, j’ai recours aux journaux et à Internet.

Mais j’écoute de la musique à profusion. Je suis un fan des Beatles, de Beethoven, de Barbara, de Gréco, de Ferré, de Félix et de Desjardins. La liste est longue. J’ai donc un faible pour la chanson québécoise et française. La chanson résonne «entre mes quatre murs de glace», comme le chante si bien Vigneault dans Mon Pays.

Je chante souvent chez moi quand je prépare le souper. Je chante même quand je prends mes marches en soirée après le repas et en faisant ma vaisselle au retour à la maison. Mon monde était donc imprégné de culture avant la pandémie. Mais en ce qui me concerne, la culture a juste pris une plus-value, depuis mars dernier.

Verlaine, Rimbaud, Baudelaire, Camus, Anne Hébert, Gabrielle Roy et un bon nombre d’auteurs contemporains habitent chez moi. Leurs mots ajoutent de la lumière dans ma demeure.

La culture chez moi n’est pas dans le rouge, ne l’a jamais été et ne le sera jamais. Elle est libre comme l’air et elle me fait le plus grand bien. Quand je reçois de la visite, je la partage à qui mieux mieux.

La culture n’est pas sur pause à mon enseigne. Chez moi, elle est gratuite. Elle ne se consomme pas et elle s’offre sans rien attendre en retour. Elle n’a pas de prix. La culture, c’est un état d’être!

Peu importe les chambardements que le monde voudra bien m’imposer, peu importe les déluges, les pandémies, les guerres ou même les pannes d’électricité prolongées, la culture continuera de subsister au plus profond de moi, advienne que pourra.

Yvan Giguère

Saguenay