La cour est pleine

OPINION / La colère gronde à Saguenay. La saga légale de la confidentialité du contrat du directeur général de Promotion Saguenay, Ghislain Harvey, son salaire, les clauses de son contrat et sa prime de départ de 425 000 $ ont soulevé de nombreuses critiques. Il est possible que la colère publique soit encore plus grande lorsque seront connues les conclusions d’un audit indépendant sur les dépenses de Promotion Saguenay, audit que Ville de Saguenay a choisi de commander, suite à la pression publique.

Souhaitons que cette colère des citoyens soit entendue, qu’elle soit utile et que le conseil de ville lui donnera une réponse satisfaisante dans ses décisions politiques. Dans l’état actuel du dossier de Promotion Saguenay, il serait inacceptable que la mairesse et le conseil municipal nouvellement élu pour faire des changements reconduisent le mandat de Promotion Saguenay et lui verse une subvention de plus de 10 millions de dollars dans le prochain budget de Saguenay.

Selon les nombreuses critiques, le bonnet d’âne va d’abord à Jean Tremblay et il l’a bien mérité. Il ne faudrait cependant pas être naïf et oublier que c’est le conseil d’administration de Promotion Saguenay qui est responsable d’établir les règles de bonne gouvernance de l’organisation et qui est responsable des décisions qui sont prises.

Le contrat de Ghislain Harvey signé en date du 8 juin 2017 mérite une attention particulière. Les avantages consentis à Ghislain Harvey ont fait l’objet de nombreux commentaires. Il sera difficile de nous faire croire que la somme des avantages financiers donne un résultat acceptable. 

Le conseil d’administration de Promotion Saguenay, organisme financé par les fonds publics, s’engage à verser 1 000 000 $ à Ghislain Harvey si ce contrat est rendu public. C’est clairement inadmissible. 

Dans un contrat, signé quelques mois avant les élections, le conseil d’administration renouvelle le mandat de Ghislain Harvey pour une durée de 7 ans. En cas de congédiement, il recevra son plein salaire jusqu’à la fin de son contrat, avec en plus une prime de départ équivalente à 18 mois de salaire. 

Ce contrat est tout simplement un scandale public. Ce conseil d’administration est pleinement responsable de la signature du contrat de Ghislain Harvey et par la suite, de la prime de départ de 425 000 $ qui pourrait lui être versée. 

N’en jetez plus la cour est pleine. Pour des motifs qui leur appartiennent, mais qui ne diminuent en rien leurs responsabilités, les membres du conseil d’administration ont trahi l’espoir de la population et défendu des intérêts autres que ceux des citoyens. 

Ce conseil d’administration a perdu toute crédibilité et ne mérite plus la confiance de la population de Saguenay. Les élus feront connaître leur position au moment qu’ils jugent opportun. Il serait dans l’ordre des choses que tous les membres du conseil d’administration donnent leur démission ou encore soient fortement incités à le faire. Josée Néron ne peut s’associer à ce conseil d’administration en devenant sa présidente.

Le conseil d’administration a fait une démonstration convaincante que c’est une mauvaise décision de confier un mandat public de stratégie de développement économique et de gestion des infrastructures publiques de développement en sous-traitance à un organisme privé. Il sera nécessaire de revenir à un mode de gestion plus approprié soit celui d’un organisme parapublic municipal qui permet un contrôle plus étroit du pouvoir public tout en faisant place à la participation de la société civile et à une gestion plus flexible.

Pendant 15 ans nous avons toléré un conflit d’intérêts inacceptable. Jean Tremblay, maire, proposait une subvention importante (plus de 10 millions de dollars au cours des dernières années) à Promotion Saguenay, un organisme privé dont il était président.

Et Jean Tremblay, président, rendait des comptes à Jean Tremblay, maire, par mode selfie. Cela a assez duré. 

Même avec des intentions louables et un nouveau personnage principal attachant, honnête et crédible, il ne faudrait pas reproduire le même mauvais scénario. 

Ce n’est pas de Josée Néron, présidente présumée de Promotion Saguenay, mais de Josée Néron, mairesse élue de Saguenay, et des membres du nouveau conseil municipal que nous attendons une nouvelle stratégie de développement économique et de gestion des infrastructures publiques de développement de la Ville de Saguenay. 

Gilles Bergeron, économiste

Saguenay