La considération

OPINION / Mme la mairesse de Saguenay, les locataires appauvris de Saguenay, par l’entremise de Loge m’entraide, ont récolté 12 400 $ pour leur septième campagne de dons. Voilà un total amassé de 217 400 $ sur les 900 000 $ requis pour fonder la Coopérative d’habitation La Solidarité, combat débuté en 2013 au nom du droit au logement et de la lutte à la pauvreté.

Parmi les donateurs, on retrouve le pape François, les huit députés du Saguenay-Lac-Saint-Jean, les députés d’opposition en matière d’Habitation au Québec (Parti québécois, Parti libéral du Québec, Québec solidaire et Bloc québécois), la ministre de l’Habitation du Québec, le ministre fédéral et député de Québec, le chef du Bloc québécois, le chef et le chef adjoint du Nouveau Parti démocratique, le chef du Parti conservateur, le Nonce apostolique du Canada, 14 communautés religieuses du Québec, 51 entreprises, 252 individus, 1050 clients du IGA Chicoutimi et 333 clients du Super C de Jonquière. Le projet a aussi reçu l’appui moral de la reine et du roi de Belgique, l’appui signé de 5600 pétitionnaires et a fait l’objet de 23 actions collectives pour faire entendre le besoin des mal-logés auprès de la municipalité.

Depuis votre couronnement à la mairie en 2017, vous avez reçu neuf lettres (7 novembre 2017, 4 décembre 2017, 24 mai 2018, 6 septembre 2018, 30 octobre 2018, 22 novembre 2018, 18 novembre 2019, 1er mai 2020, 13 juillet 2020). Chaque fois, les locataires appauvris vous invitaient à une rencontre, une discussion, vous étalaient plusieurs propositions et concessions pour faciliter la naissance du projet. Chaque fois, aucun retour, ni écrit, ni verbal, ni en personne, rien.

On définit le mot « considération » par l’estime, l’égard que l’on accorde à quelqu’un, l’action d’examiner quelque chose avec attention. Considérez-vous vraiment les locataires appauvris et ceux qui appuient ce projet en ne répondant à aucune de leurs doléances ? Reculons huit mois avant l’élection de novembre 2017. Vous étiez conseillère municipale et candidate à la mairie. Le maire de l’époque refusait de rencontrer les locataires appauvris pour discuter du projet. Des sit-in mensuels se tenaient alors dans les escaliers de l’hôtel de ville. Lors de votre visite électorale à nos bureaux (mars 2017), devant ce constat, vous nous aviez dit que si vous étiez mairesse, vous auriez depuis longtemps rencontré Loge m’entraide pour discuter du projet et trouvé une solution. Cette parole s’est-elle avérée Mme la mairesse ?

Il ne reste que 15 mois avant de vous représenter à l’élection de 2021. Vous êtes aujourd’hui isolée devant la puissante faveur collective que reçoit ce projet. Il est donc fort probable que d’ici 15 mois, vous offrirez enfin l’aide municipale requise à cette naissance (136 520 $ par an pendant cinq ans) par considération, par pression collective ou en vue d’obtenir des votes.

Bien que la motivation choisie vous appartiendra, n’oubliez pas toutefois d’offrir aussi le plus essentiel : une solution humaine qui aidera à panser les cœurs blessés au sortir de ce long et douloureux combat qui aura été mené depuis 2013 à bout de bras, sans obtenir la moindre considération municipale. Les locataires appauvris auront besoin bien plus que de l’argent, un sourire et une poignée de mains pour retrouver leur estime, leur confiance et leur espérance devenues meurtries. La blessure est profonde, très profonde Mme la mairesse…

Sonia Côté

Coordonnatrice de Loge m’entraide