La conduite automobile au Saguenay : un problème systémique?

Carrefour des lecteurs
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Le Quotidien
OPINION / Je roulais sur l’autoroute 70 en direction de Jonquière. J’utilisais la voie de droite puisqu’une couche d’asphalte a été enlevée sur la gauche. Sur une section en construction, la vitesse maximale est de 80 km/h. Puisque je roulais à droite et que je suis au Saguenay, je roulais à 85 km/h afin ne pas énerver mes «poursuivants». C’est alors que j’ai été doublé par la droite à plus de 100 km/h par une camionnette identifiée à l’effigie d’une compagnie. Le conducteur a pris la sortie de la route 170 sans mettre son clignotant. Il est aussi passé sur la rouge à la première lumière rencontrée. Je tairai le nom de la compagnie, mais il serait difficile de ne pas parler de son secteur d’activité. La camionnette appartient à une école de conduite automobile.

Une semaine plus tard, un vendredi vers 17h30, le conducteur d’un 4x4 bien identifié aux couleurs d’une autre compagnie partait en trombe à la verte tombée pour, me semble-t-il, faire glisser les quatre roues sur la chaussée mouillée. Il a répété l’exercice trois fois plutôt qu’une entre la 170 et le boulevard Barrette.

Si les conducteurs de voitures commerciales clairement identifiées à des compagnies se permettent de tels comportements routiers, il faut peut-être en conclure qu’au Royaume du Saguenay, rien n’est plus banal que d’adopter les plus folles manières de conduite, les plus agressantes et les plus dangereuses aussi. Vous est-il déjà arrivé de traverser le boulevard Talbot sans qu’un incident malheureusement banal ne se produise? Une personne qui tricote d’une voie à l’autre pour sauver trois secondes, des gens qui vous suivent pratiquement sur le parechoc, qui textent et qui coupent le chemin d’un autre véhicule, etc.?

Peut-être vous vous dites que puisque tout le monde le fait, ça n’a pas vraiment d’importance.

Mais j’ajouterais ceci. La culture de cow-boy que chacun d’entre nous contribue à alimenter par nos comportements de conduite contribue à ce que des accidents qui changent le destin des victimes se réalisent. Et nous en avons une responsabilité collective.

[...]

Pour faire une image, un accident est comme les dix derniers centimètres d’un fouet. Celui qui frappe et blesse ou tue. Mais ce qui donne l’énergie à ce bout de cuir, c’est tout le fouet de nos petites décisions de conducteur. Cette énergie provient d’une culture malsaine, une culture qui est systémique au Saguenay.

Le pouvoir de changer les choses, chacun de nous le possédons si on veut bien respirer un peu derrière le volant et questionner nos comportements. C’est bénéfique pour notre santé et c’est un geste qui contribue au changement positif de notre société. Voilà un pas dans la bonne direction qu’on peut choisir de faire à tout instant.

Luc Lévesque

Chicoutimi