La bonne transition

Carrefour des lecteurs
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Le Quotidien
OPINION / On en convenait, le mandat du conseil municipal élu en 2017 serait sous le signe d’une cruciale transition politique marquée par la fin du régime de Jean Tremblay. Ceux qui croyaient que le départ de l’unique maire qu’avait connu Saguenay ferait apparaître comme par magie les conditions d’un renouveau démocratique et d’une relance collective ont vite déchanté. Le conseil municipal a certes vécu une transition, mais elle a été chaotique, dans un environnement tendu qui a vite sonné la fin des illusions.

Pour diverses raisons, un climat délétère s’est sournoisement installé à la table du conseil municipal autour de l’exercice du pouvoir, de la gouvernance, pour employer un mot à la mode. De sorte qu’en cette année préélectorale, la gestion municipale est encore marquée d’improvisation, à la petite semaine, malgré les louables tentatives de la mairesse de bricoler une politique consensuelle, en réalité sans assises solides. Au point que l’écho de mécontentement qui parvient de l’opinion publique porte obsessivement sur la précarité des finances et les choix d’investissements (dette et taxes municipales, immobilisations, réseau routier). Rien de bien inspirant qui révèle une aliénation malheureuse de la vie citoyenne vis-à-vis son gouvernement municipal.

La scène politique municipale demeure minée par des clivages tenaces malgré les élans ponctuels de bonne volonté de certains élus. D’un côté, la mairesse et les trois conseillers élus de l’ERD, dont Michel Potvin, influent bras droit de Mme Néron. De l’autre, une solide majorité d’indépendants dispersés dans une gestion de proximité, très actifs sur les comités et dans l’appareil municipal pour les dossiers qui touchent leur district et leur arrondissement. Conséquemment, le groupe que forment les élus du conseil apparaît disparate, sans réelle force collective. Le conseil n’arrive pas à dégager une vision de développement cohérente qui induirait la cohésion nécessaire à l’administration municipale et mobiliserait durablement les acteurs locaux.

La cause en est simple, mais fondamentale : les élus n’ont pas les outils de base pour y arriver, dont le premier et principal, un portrait complet de ce qu’est devenue la ville depuis sa création par la fusion de 2001. Il faut documenter le plus complètement possible l’évolution de la ville depuis sa création il y a 20 ans. L’exercice incontournable devrait être suivi d’une période de consultation de la population et d’élaboration d’un plan stratégique de développement sur lequel s’appuieraient les plans d’urbanisme et triennaux d’investissements.

Concurremment demeurent bien présents à Saguenay les enjeux cruciaux de capitale d’une région confrontée à la stagnation et même menacée de décroissance. Comme les autres villes de plus de 100 000 habitants, elle doit faire face à de nombreux défis et sa localisation en périphérie constitue une contrainte supplémentaire. Sans compter l’absence de plus en plus coûteuse d’une instance de concertation régionale, plus nécessaire que jamais pour tirer profit des forces vives du territoire et mettre au point un positionnement régional face aux gouvernements supérieurs.

Bien équipés avec leurs meilleurs outils, les élus pourraient enrichir et élargir en quelque sorte leur mission démocratique au service de la population. À cet égard prendraient tout leur sens les thèmes de gouvernance politique, d’exercice du pouvoir, de priorités municipales, de choix et de dispensation des services, de stratégies de développement, de protection de l’environnement, d’aménagement urbain, de développement social, de qualité de vie, d’identité culturelle, de conservation du patrimoine, de mission régionale, de rayonnement national et international.

Il y a du travail à faire…

Laval Gagnon

Chicoutimi