La bise politique

OPINION / Nous sommes en période de séduction électorale.

N’éprouvez-vous pas comme moi cet agacement persistant devant le fléau qu’est devenue la pratique de la bise dans nos moeurs politiques québécoises ? Au-delà de la curiosité amusante du phénomène, ce rituel qui s’est imposé à notre 2e sport national en révèle beaucoup sur la relation entre les hommes et les femmes dans la médiatisation politique et la séduction électorale.

Dès qu’ils sont plongés publiquement dans un contexte partisan, plusieurs politiciens masculins se transforment en machine distributrice de bécots aussitôt qu’une femme est en cause. Le rite a ceci de révélateur qu’il autorise tacitement la bise entre deux femmes, mais l’interdit de facto entre deux hommes.

Au Québec le « joue à joue » s’est imposé dans les activités politiques et partisanes comme une obligation à laquelle les leaders politiques ne peuvent se soustraire de peur d’être perçus comme froids, sans chaleur humaine.

On est passé d’une expression familière ou amicale d’affection à un rite de reconnaissance tribale. Utilisée dans ce contexte, la surexploitation de la bise crée un glamour politique factice et une convivialité artificielle. Je n’y vois que le seul mérite d‘embaumer les effluves nauséabonds des luttes fratricides de coulisses. Grossie sous la loupe des médias, la joute politique emprunte aux plus mauvais travers de notre colonie artistique. Ne s’expose-t-on pas ainsi à l’illusion et la diversion, sans exercer son discernement entre être appuyé ou se faire baiser, être encensé ou recevoir le baiser de la mort, être reconnu ou être manipulé, être séduit ou être aveuglé, être interpellé ou être récupéré ?

En se donnant la bise, il faut d’une certaine façon esquiver de la tête, détourner le regard pour toucher l’autre, l’esprit en fuite. À l’inverse, la poignée de main franche, et contrôlée selon les circonstances, est un face à face humain qui implique que les regards plongent l’un dans l’autre et que l’essentiel passe …ou ne passe pas.

De grâce, messieurs et mesdames du milieu politique, présentez-nous votre main, non gantée s’il vous plait. Cessez de tendre cette joue que la main gantée de vos ennemis a si souvent giflée.

Laval Gagnon

Chicoutimi