Le Walmart de Jonquière est fermé depuis 2005.

Justice rendue ?

Dans un jugement lourd de conséquences pour le monde du travail, le plus haut tribunal du pays a statué vendredi dernier, neuf ans après l'exercice du droit d'association par ses ex-employés, que Walmart avait agi dans l'illégalité. Nonobstant ce constat, peut-on affirmer que justice a été rendue? David a-t-il enfin vaincu Goliath dans ce match sans lendemain?
Sans vouloir minimiser la portée du jugement, on peut se demander aujourd'hui en quoi les «ex-associés» tout comme l'arrondissement de Jonquière, sortent vainqueurs de ce combat. Neuf ans plus tard, le site toujours désert ne donne guère mine et tout le développement immobilier et commercial qui semblait à l'époque vouloir redynamiser ce secteur de Saguenay semble stagnant pour encore un bon bout! Du côté des ex-travailleurs, l'agir illégal de l'employeur, multinationale du commerce de détail, ne sera sanctionné que par le versement d'indemnités monétaires qui restent à être déterminées par l'arbitre. En définitive, si vous êtes une puissance commerciale, vous pouvez impunément bafouer les droits des autres dans la mesure où vos moyens financiers vous permettront de payer ce qu'il en coûtera, ultimement, lorsqu'un tribunal reconnaîtra cet état de faits (en espérant, encore là, que vous ayez les ressources organisationnelles et financières pour ce faire!). Car, le droit d'association est un droit reconnu par la loi, en l'occurrence le Code du travail. C'est ce que précise (enfin!) le jugement de la Cour suprême du Canada.
Tout ce que vise le Code du travail par l'exercice d'association, c'est de permettre un rééquilibre des forces en présence en autorisant des salariés à se regrouper et se concerter dans le cadre de la négociation de leur contrat de travail. Il n'y a rien de préjudiciable en cela et pareille façon de faire ne change en rien le fait que l'employeur demeure le seul maître à bord de la gestion de son entreprise: il lui revient ainsi de structurer ses coûts (ce qui inclut les frais afférents à sa main-d'oeuvre) en vue de rentabiliser ses opérations et atteindre une marge de profit acceptable. Tel est le défi du gestionnaire d'aujourd'hui et la compétence dont il doit faire montre.
Après le cas des magasins Zellers d'Alma (dont le sort et l'issue ressemblent étrangement au cas Walmart) où la Cour suprême du Canada a également décrété (pour d'autres motifs légaux) le droit des ex-travailleurs à recevoir une indemnité, voilà que notre région risque encore de porter l'odieux d'être affublée du qualificatif de syndicaliste à outrance qui ne sait pas évoluer à l'ère des nouvelles tendances en matière de gestion d'entreprise. Il faut dire que l'actuel conflit de travail chez les concessionnaires automobiles ne redore pas l'image de marque!
Au-delà de cette conjoncture factuelle, il ne faut pas s'écarter de l'essence-même du débat de fond: les dirigeants d'entreprise et les associations de salariés doivent composer avec les dispositions des lois et faire preuve d'habileté et de connaissances pour le développement de leurs organisations. Dans ce cadre, en se positionnant du point de vue de certains «affairistes», il ne nous resterait qu'à déplorer le fait que les employeurs de la région ne soient pas tous aussi fortunés que certaines multinationales du commerce de détail: notre sort serait vite réglé ! C'est pourquoi nous devons nous en remettre au législateur provincial et espérer qu'il nous protège adéquatement. Ainsi, vivement une réforme du Code du travail puisque, malheureusement, ce ne sont pas toutes les associations de travailleurs ni tous les employeurs qui ont les moyens de se rendre en Cour suprême du Canada; deux fois plutôt qu'une ! Il est impératif que le Code du travail soit mis à jour et reflète la réalité organisationnelle des entreprises d'aujourd'hui. Le premier ministre du Québec laissera-t-il sa région d'adoption dénigrée par une communauté «affairistes»? Osons croire le contraire et espérer que le combat des «ex-associés» de Walmart prenne enfin un sens. Les ex-associés pourront alors avoir le sentiment que justice a été rendue! L'État leurs doit bien cela!
Me Daniel Gagnon CRHA
Professeur
Département des sciences économiques et administratives
UQAC