J’irai à l’assemblée générale de ma Caisse Desjardins

OPINION / Comme chaque année, j’ai reçu une invitation à me présenter à l’assemblée générale de ma Caisse Desjardins. D’habitude, je lis distraitement l’invitation et je me dis que je n’ai pas le temps, d’autant plus que les finances, ce n’est pas ma tasse de thé.

Mais cette année, j’irai. Pourquoi ? Parce que je ne suis pas contente : le Mouvement Desjardins persiste à investir nos économies dans les énergies fossiles. Naïvement, j’ai longtemps cru que nos caisses étaient au service du bien commun. Leurs fondateurs, Alphonse et Dorimène Desjardins, avaient un idéal : « contribuer au mieux-être des individus et des collectivités ». Desjardins prétend demeurer toujours fidèle à cet idéal, mais les gestes ne suivent plus. Desjardins ressemble de plus en plus à une institution financière comme les autres, vouée avant tout à la maximisation de ses profits. Je pourrais parler ici des fermetures de plus en plus nombreuses des caisses dans les petites localités. Mais je me limiterai à réagir à l’incohérence dont fait preuve le Mouvement Desjardins sur le plan écologique. D’un côté, il met en place des fonds éthiques et responsables (bravo !). Mais de l’autre, il continue à investir 6,5 milliards $ dans les énergies fossiles, dont 145 millions en prêts à Kinder Morgan pour réaliser le pipeline Trans Mountain dans l’Ouest canadien. D’un côté, il dit vouloir jouer un rôle proactif dans la lutte aux changements climatiques, de l’autre il n’entend pas du tout tourner le dos aux énergies fossiles. Pourtant, tous les experts nous le disent : nous sommes en train de rater royalement nos cibles de réduction des gaz à effet de serre. Les espoirs d’éviter un dérèglement catastrophique du climat dans les prochaines décennies s’amenuisent. Ce sont nos enfants et nos petits-enfants qui en paieront le prix. Apparemment, ils ne font pas partie des calculs ! C’est tout cela que j’irai dénoncer lundi soir 16 avril à l’assemblée générale de la Caisse Desjardins d’Arvida-Kénogami. Si d’autres sociétaires se joignent à moi, notre voix aura plus de chance d’être entendue !

Anne-Marie Chapleau

Jonquière

La propriété utérine avant tout

OPINION / Le cabinet de Justin Trudeau est en train de délibérer sur l’avenir de la loi sur la gestation pour autrui, trivialement nommée : mère porteuse rétribuée. Au Canada, depuis 2004, une femme qui accepte d’être mère porteuse ne peut recevoir de rétribution, sous peine d’une amende pouvant aller jusqu’à 10 ans de prison et 500 000 $ d’amende. La loi a été appliquée une seule fois en 18 ans : 60 000 $ d’amende pour la femme. Nonobstant l’absence de rétribution accordée à la femme par le couple infertile était prévue la permission d’être dédommagée pour des dépenses liées à la conduite de sa grossesse. Lesquels ? Impossible de les connaître 14 ans plus tard, le gouvernement n’ayant jamais réglementé cet aspect. Le gouvernement a fait preuve de mauvaise foi purement et simplement.

Sans surprise, il y a une division au sein l’auguste enceinte. Deux hommes et trois femmes se disent ouverts à la rétribution de la mère porteuse ; deux femmes se sont farouchement prononcées contre ; une ministre demande à réfléchir compte tenu de l’éthique. Deux autres y voient des dangers pour les femmes. Pour ce qui est des autres ministres, pas de nouvelles. Se pourrait-il aussi que pour certains la filiation non biologique comporte une part d’ombre inscrite de la psyché de l’enfant ? Les couples infertiles seront-ils encore pour longtemps contraints à se déplacer aux É.-U. pour dénicher une mère porteuse rétribuée ? De faire des séjours extrêmement coûteux dans un pays de l’Est ou asiatique pour adopter un enfant sans garantie de santé. Convenons que de trouver une mère porteuse canadienne altruiste consentante à subir les contraintes et à assumer les risques éventuels liés à une grossesse, c’est très rare..

Je n’ai pas de chiffres sur le nombre de Canadiennes qui ont malgré tout été mères porteuses altruistes, sans des garanties sur les dédommagements de surcroît. Porter un enfant pour une autre chez une femme ayant de la misère à rejoindre les deux bouts, pourquoi pas ? . Si en 2004, plutôt que la coercition, on avait laissé le libre choix aux femmes, combien depuis, de bébés canadiens y aurait-il eu de plus ? Le désir des couples infertiles et des couples du même sexe d’avoir des enfants, la pénurie de main-d’œuvre grandissante qui sévit partout au Canada et le poids démographique du Québec dans la fédération qui est en chute libre sont des raisons qui militent en faveur d’une légalisation de la gestation pour autrui rétribuée.

Marcel Lapointe

Jonquière.