Institut d’excellence en éducation: une faible valeur ajoutée

Le ministre de l’Éducation Sébastien Proulx a lancé récemment une consultation sur la création d’un Institut national d’excellence en éducation (INEÉ). On sollicite des avis sur le statut que devrait avoir une telle créature administrative, dont la mission pressentie se décline en trois volets: synthétiser les connaissances scientifiques sur la réussite éducative; transférer les résultats probants vers les écoles; former les intervenants scolaires. Le tout dans l’objectif d’améliorer la réussite des jeunes.

Des critiques abondent au Québec à propos de cette initiative. Et ce n’est pas par manque d’amour pour les élèves ni parce que les nombreux acteurs en éducation ne valorisent pas la recherche.

Les principaux motifs en défaveur de la création d’un INEÉ sont les suivants. D’abord, on reproche de présumer de la pertinence du moyen. Le document ministériel qui accompagne la consultation ne justifie en rien pourquoi cette mesure est plus prometteuse que d’autres pour améliorer la réussite. Ainsi, derrière des allures d’investissement vertueuses en éducation, c’est plutôt une impression de décision à l’aveuglette dont il s’agit. 

Ensuite, dans la foulée de la création d’un INEÉ, on craint un glissement vers des prescriptions pédagogiques. Cette situation pourrait limiter l’exercice du jugement professionnel des intervenants scolaires et induire une uniformisation des pratiques. Ce qui serait contradictoire puisqu’on reconnaît depuis longtemps l’importance de considérer la diversité. 

En troisième lieu, le choix restrictif, voire partisan, des types de résultats probants qui seraient retenus par les gestionnaires de l’Institut est l’élément qui suscite le plus de mécontentement. On donnerait priorité aux résultats provenant d’études qui s’apparentent à des conditions de laboratoire, au détriment de ceux élaborés avec les intervenants des milieux scolaires et qui tiennent compte des particularités de leur contexte. Derrière cette fausse hiérarchisation des approches de recherche, se cache une compréhension des plus naïve, obtuse, voire erronée, des actions à mettre en œuvre pour soutenir la transformation des pratiques professionnelles et faire réussir davantage et mieux les jeunes.

Un autre aspect important, mais moins discuté, est celui des dédoublements que la présence d’un INEÉ entrainerait. 

Les Fonds de recherche du Québec financent déjà la rédaction de synthèses de connaissances. Nombre d’équipes de recherche mènent des travaux en lien avec la réussite éducative, à partir d’approches complémentaires. Le Centre de transfert pour la réussite éducative s’occupe déjà de la diffusion, dans un langage accessible, de résultats de recherche. Les universités sont responsables de la formation des intervenants scolaires. Le Conseil supérieur de l’éducation est mandaté pour conseiller le ministre de l’éducation sur toute question reliée à ce secteur. 

Doit-on comprendre la création de l’INEÉ comme un désaveu à l’égard du travail de ces organismes? Plutôt que de créer un silo qui engloutira annuellement de précieux fonds, pourquoi ne pas plutôt consolider le financement de ces organismes et des milieux scolaires, tout en incluant de plus grandes exigences de collaboration entre eux?

Une collaboration régionale en éducation de 20 ans

Depuis 1998, le Consortium régional de recherche en éducation (CRRE) est le lieu de concertation phare du Saguenay-Lac-St-Jean pour le développement d’une culture de recherche en collaboration entre tous les ordres d’enseignement. Partant de besoins concrets des milieux scolaires et tenant compte de leurs particularités, ce travail est orienté vers la transformation des pratiques professionnelles; un facteur crucial pour la réussite des élèves. 

La majorité des chercheurs du CRRE proviennent du Département des sciences de l’éducation de l’UQAC. Les signataires réitèrent leur désir de poursuivre la collaboration historique établie avec les milieux de pratique régionaux dans un esprit égalitaire et de coconstruction.

Stéphane Allaire, ex-doyen à la recherche et à la création, professeur en pratiques éducatives, Département des sciences de l’éducation, Université du Québec à Chicoutimi

Sont également signataires de la lettre les professeurs suivants du Département des sciences de l’éducation de l’UQAC: Diane Gauthier (directrice de département), Catherine Dumoulin (directrice du CRRE), Marta Anadon (professeure émérite), Nicole Monney, Souleymane Barry, Pascale Thériault, Patrick Giroux, Christine Couture, Sandra Coulombe, Catherine Larouche, Marie-Pierre Baron, Catherine Duquette, Élisabeth Jacob, Carole Côté, Monique L’Hostie, Monica Cividini, Claude Bordeleau, Linda Morency, Ahmed Zourhlal.