Innover sans précipiter

OPINION / Dans son édition du 20 décembre, Le Quotidien a publié, sous la plume de Pascal Girard, un article intitulé « Les syndicats, les députés et la mairesse unis – Un message à PFR et Ottawa ».

Avant toute chose, il faut rappeler que tout employeur responsable, réfléchi et soucieux de préserver les emplois au sein de ses installations, s’assure du respect de trois conditions préalables avant d’investir, soit la prévisibilité, la longévité et la transparence. S’il ne le fait pas, il s’aventure à l’aveuglette et met carrément l’entreprise à risque et, par le fait même, l’avenir d’un grand nombre de travailleurs, de leurs familles et des communautés qui dépendent de ses activités.

Dans cette optique, Résolu a décidé de tabler sur ses atouts québécois pour générer davantage d’activités ici, chez nous. Elle a donc procédé à des fermetures d’usines et de machines en Corée du Sud, aux États-Unis (Caroline du Sud, Tennessee, Géorgie) et ailleurs au Canada (Ontario). Ces mesures ont permis de maintenir au Québec 1 445 000 tonnes métriques de capacité potentielle de papier ainsi que le redémarrage de la machine no 9 à Alma. Ce faisant, le traitement de plusieurs commandes de papier a été transféré ici au Québec, aux usines Kénogami, Dolbeau et Alma. 

Même si la demande de papier surcalandré a diminué de 14,6 % entre 2016 et 2017 (ce qui explique les arrêts temporaires de Kénogami) et même si la demande mondiale pour d’autres types de papier diminue, il demeure primordial de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain et d’éviter de fragiliser notre filière forestière en renonçant à l’exploitation de segments de marché « traditionnels ».

Déjà malmenée par une crise grave qui a eu des impacts négatifs majeurs sur bon nombre d’entreprises, notre industrie forestière fait maintenant face à des attaques brutales de concurrents américains qui sont plus stimulés que jamais par l’agressivité d’un discours protectionniste qui atteint une intensité inégalée.

La multiplication des plaintes déposées dans les secteurs du bois d’œuvre, du papier surcalandré et du papier couché, de même que les droits compensateurs et antidumping colossaux imposés ou en voie de l’être, en sont une manifestation probante.

En ce qui concerne plus particulièrement Résolu, cet acharnement a un coût très élevé. En effet, l’entreprise a versé en taxes aux autorités américaines 20 millions de dollars (20 M$) en 2017 et aura versé 74 M$ à la fin de 2018 dans le cas du bois d’œuvre. Pour ce qui est du papier surcalandré, les montants de taxes versés par nos usines de Dolbeau-Mistassini et Kénogami totalisent 63 M$ depuis 2015 et s’élèveront à 91 M$ à la fin de 2018. À ces montants, risquent de s’ajouter ceux des droits que le Département du commerce américain pourrait imposer dès le mois de janvier prochain à la suite des plaintes d’une usine américaine de 260 travailleurs relativement au papier couché. Aux lourdes retombées des mesures protectionnistes et coercitives de nos voisins du sud, s’ajoutent aussi des contraintes avec lesquelles l’entreprise a dû composer. 

À titre d’exemple, notons les subventions gouvernementales inconsidérées de 124 M$ qui ont permis le redémarrage de l’usine de papier de spécialité de Port Hawkesbury, en Nouvelle-Écosse, en 2012. La surcapacité de production qui s’en est suivie a eu des conséquences dramatiques sur les ventes dans ce segment de marché : en plus de mener à la fermeture de notre usine Laurentide à Shawinigan, elle a fragilisé nos usines de Dolbeau-Mistassini et Kénogami. 

Soulignons aussi les attaques de groupes d’activistes qui ont abandonné les sorties spectaculaires sur la place publique contre Résolu pour s’en prendre plutôt à ses clients en ayant recours à des campagnes de dénonciation ou de boycottage.

Il est indéniable que pour traverser une période de turbulences amplifiée par le fléau du protectionnisme, notre industrie doit pouvoir compter sur l’appui des gouvernements, ce qui est le cas. 

Les produits novateurs sont en effet une voie d’avenir pour l’industrie, mais il faut se garder d’y voir une panacée à tous les maux. C’est précisément pour en développer, de même que de nouveaux procédés et de nouveaux marchés, que Résolu investit de façon substantielle dans la R-D. Pensons à FPInnovations, l’un des plus grands centres privés de recherche scientifique au monde, ou bien à Performance BioFilaments, une coentreprise de R-D qu’elle a fondée avec Mercer International. Dans ce dernier cas, les efforts du partenariat sont déployés vers le développement d’applications commerciales pour les filaments de cellulose, un nouveau biomatériau durable dérivé de la fibre de bois qui peut améliorer la résistance et la durabilité de nombreux produits commerciaux et de consommation.

De l’aménagement forestier durable qui permet de produire du bois d’œuvre à la transformation qui permet de réutiliser les résidus (copeaux) pour fabriquer du papier et d’autres produits, la filière forestière peut donner sa pleine mesure si une fibre de qualité est disponible en quantités suffisantes et à coûts concurrentiels pour des installations compétitives où travaille une main-d’œuvre qualifiée.   

Résolu a fait le choix de diversifier sa production à partir de ses installations actuelles afin de réaliser des percées dans des créneaux prometteurs. Forte de l’appui indéfectible des communautés et des régions, elle est convaincue de pouvoir relever ce défi d’avenir avec succès.

À cet égard, une condition s’avère cruciale : ne pas confondre vitesse et précipitation.

Karl Blackburn, directeur principal, Affaires publiques et relations gouvernementales – Canada, Produits forestiers Résolu