Incorrect de comparer Rio Tinto et Résolu

OPINION / Tel que décrit cette semaine dans Le Quotidien, le dossier de la taxe sur les barrages privés des grandes entreprises n’est pas si simple. Au départ, il serait plus juste de parler d’une taxe sur les centrales électriques que sur les barrages.

De même, il est incorrect de comparer les redevances de Rio Tinto à celles de Résolu. Dans la loi de l’eau de 1972, qui impose une taxation aux grandes entreprises pour l’eau utilisée dans leurs turbines, une clause indique que la taxation sera fixée en fonction de la croissance de population des municipalités concernées. Or, la municipalité de Saint-David-de-Falardeau, où se situent les installations de Résolu, a connu une croissance de population qui a projeté vers le haut le prix de la taxe sur ses centrales électriques. À l’inverse, Saguenay a connu une baisse de sa population, ce qui a eu une influence directe sur la valeur des infrastructures des centrales de Rio Tinto. Le même calcul vaut pour Alma et sa centrale d’Isle-Maligne.

Cette précision n’interfère en rien avec la reprise de la croisade de l’ex-maire Jean Tremblay par le conseiller municipal actuel Jean-Marc Crevier. L’étude présentée en 2012 par Marc-Urbain Proulx démontrant que Rio Tinto obtient des avantages disproportionnés par rapport aux redevances perçues par la région, devrait servir de base à la réouverture du dossier. L’enjeu en vaut la peine non seulement pour Saguenay, mais pour toute la région.

Mais avant d’aller plus loin dans cette démarche, pourquoi ne fait-on pas appel aux experts déjà consultés dans cette affaire, dont la professeure Marie-Claude Prémont, ingénieure et avocate, qui pourrait venir chez nous présenter cette étude qu’elle a réalisée et qui a donné lieu au rapport du professeur Marc-Urbain Proulx ? On pourrait alors émettre des opinions en toute connaissance des dossiers et permettre à tout le monde d’avoir l’heure juste avant de partir en guerre contre une entreprise intimement liée à la croissance de notre région.

Richard Banford

Ex-chef de cabinet

Saguenay

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VISION RÉDUCTRICE

Décidément, Rio Tinto l’a douce avec nos dirigeants.

Avant sa rencontre avec les grands patrons de Rio Tinto, la ministre des Affaires municipales, Mme Andrée Laforest, met ainsi la table : « Il faut y aller doucement avec Rio Tinto. » Pourtant, la compagnie est bien ancrée dans le béton avec ses multiples barrages lucratifs qui sont la pierre angulaire de l’aluminium vert de Rio Tinto. Il en faudrait beaucoup pour que la compagnie tremble réellement devant les revendications d’équité que la ministre ferait au nom des citoyens concernant la taxation des barrages hydroélectriques.

Tout comme pour M. Michel Potvin (Le Quotidien, 23 novembre, Carrefour des lecteurs), avec son « pratiquement rien » concernant les bénéfices que retire la multinationale des taxes payées à la municipalité, la ministre perpétue une vision réductrice de la relation qu’on entretient avec Rio Tinto.

L’appel lancé aux citoyens par le conseiller municipal, M. Jean-Marc Crevier, ainsi qu’aux forces vives de la région, tel que suggéré par M. Marc St-Hilaire dans son éditorial du 13 décembre, semble être la bonne direction.

Quant aux préoccupations du maire d’Alma, M. Asselin, il est peu probable pour Rio Tinto que le fait de payer sa cote part de taxation comme tout bon citoyen compromette ses investissements futurs au pays de l’eau vive. L’or bleu du lac Saint-Jean coule et coule encore. Comme l’écrivait mon beau-père : « Au temps d’Onésime Tremblay notre beau Saguenay, il s’est fait harnacher, Isle-Maligne là ça le chagrine. »

Mais ce n’est pas en vain et c’est toujours aussi profitable.

« Peur d’avoir peur » : ces paroles de M. Crevier concernant les craintes d’une modification de la fiscalité municipale des barrages hydroélectriques devraient inspirer la mairesse de Saguenay, car ça ne ressemble pas à Mme Néron d’avoir peur.

Mme Nathalie Morin de Rio Tinto (Le Quotidien, 17 décembre) invoque la complexité du problème pour se limiter à une vision globale. Son questionnement sur la pertinence de revenir sur l’étude des professeurs Marie-Claude Prémont et Marc-Urbain Proulx, basée sur des données de 2012, demeure vague. Avec la collaboration de Rio Tinto, ces professeurs seraient en mesure d’évaluer si l’équité est au rendez-vous en 2018.

Jean-Yves Langevin

Chicoutimi