Inclure dès le milieu de garde

OPINION / Il y a déjà quelques mois, une multinationale bien connue décidait de mettre fin à son programme de plateaux de travail pour des travailleurs présentant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme. La population s’est alors indignée, et ce, à juste titre. Comment éviter d’en arriver à de telles décisions ? Une réflexion sur l’activité socioprofessionnelle et l’urgence d’offrir des opportunités à ces travailleurs est importante. Cette réflexion ne doit cependant pas s’y limiter. Participer activement à sa collectivité, dans des milieux inclusifs, est un défi à chaque période de la vie.

Pour les jeunes enfants, il s’agit de l’accès et de la participation à des milieux de garde inclusifs. Cela signifie l’accès au milieu de garde de son quartier, avec ses amis du coin. Des efforts en ce sens ont été réalisés, au cours des dernières décennies. Des programmes gouvernementaux québécois existent pour faciliter l’accueil et la participation des enfants ayant des limitations significatives et persistantes. Des résultats de recherche au niveau international soulignent d’ailleurs les bénéfices de cette fréquentation. Un milieu de garde inclusif profite à TOUS les enfants, qu’ils aient ou non des incapacités. De même, la qualité des milieux de garde inclusifs est aussi bonne sinon meilleure que dans les milieux qui n’accueillent pas les enfants ayant des incapacités. Cependant, pour un certain nombre, cette participation est encore trop souvent marquée par des difficultés. Tout d’abord l’accès, puisque la décision d’inclure ou non un enfant ayant des incapacités est laissée au milieu de garde. De nombreux milieux ont fait le pari réussi d’accueillir tous les enfants, quelles que soient leurs caractéristiques, tandis que d’autres hésitent encore. Le manque de formation et de ressources sont fréquemment invoqués comme des obstacles majeurs. De même, le succès des pratiques inclusives en milieux de garde nécessite une collaboration efficace et la capacité de faire équipe pour des interventions spécialisées compatibles avec le milieu de garde. Bien entendu, des solutions originales existent, mais d’autres restent à développer. Peu de données sont actuellement disponibles sur les mesures déjà mises en place. Il est donc urgent de disposer d’un portrait des pratiques éducatives inclusives réelles et actuelles en milieux de garde afin d’identifier des cibles prioritaires d’amélioration.

En terminant, rappelons que le projet de favoriser l’accès au milieu de garde pour tous les enfants, y compris ceux ayant des besoins de soutien plus importants, est un objectif collectif qui interpelle les décideurs politiques, mais aussi chacun de nous dans notre ouverture à la différence. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles l’expérience qui est offerte aux très jeunes enfants de côtoyer des amis tous différents et semblables est de toute première importance. Il s’agit également d’offrir à tous les enfants du groupe ou du milieu de garde une expérience concrète et quotidienne d’interactions qui se construit au fil des saisons et des années. Ces jeunes enfants qui auront partagé des jeux, des repas, des disputes et des activités avec leurs amis présentant des incapacités seront leurs compagnons scolaires, leurs voisins, leurs collègues ou leurs employeurs de demain. Ce travail de tous les jours par le personnel éducateur et la direction, en complicité avec les parents et les autres partenaires, doit être mis en valeur. C’est quotidiennement, à travers les routines et les jeux spontanés ou organisés, que ces personnes contribuent à l’atteinte des objectifs de développement durable de l’UNESCO pour que tous les enfants aient accès à des activités de développement de qualité. En somme, des efforts doivent être déployés pour s’engager à offrir des expériences de participation sociale de qualité aux jeunes enfants présentant des incapacités.

Dans cette perspective, le 22 octobre prochain aura lieu le 1er Symposium provincial portant sur l’inclusion en milieux de garde. Cet événement regroupera des directions de milieux de garde, du personnel éducateur, des intervenants des milieux scolaires, de la santé et des services sociaux, des parents, des représentants des ministères et autres organismes concernés par une inclusion de qualité. D’importantes questions seront abordées : quelles adaptations des pratiques éducatives ? Quelles conditions à mettre en place afin de favoriser la collaboration entre les intervenants ? Comment dépister les enfants présentant des besoins de soutien plus importants ? Quel est le rôle de la formation initiale et continue ? À suivre !

Carmen Dionne, professeure

Département de psychoéducation

Université du Québec à Trois-Rivières