Il faut écrire !

OPINION / Pour que jamais ne viennent la hargne, le mépris et la lâcheté des violences. Pour chasser toute idée de haine ou de vengeance, il faut écrire.

Écrire en lettres majuscules, sur les frontières qui nous divisent, le mot paix. Pour lui donner une chance de s’inscrire en faux sur les fils barbelés et sur les murs qui se dressent entre les peuples, il faut écrire.

Afin d’ouvrir l’espace de nos bras aux bras de la diversité humaine et pour offrir des ailes au mot fraternité, il faut écrire.

Devant les grandes noirceurs qui persistent et pour que vienne la plus singulière des clartés, au bout du long corridor du temps, il faut écrire.

Pour que le mot solidarité en soit un ouvert sur l’universel, afin qu’il puisse trouver preneur chez les humains de toutes races, de tous horizons, il faut écrire.

Sur nos sentiers battus et sur nos chemins de traverse. Sur le ciment des villes. Sur le bleu vert des océans, il faut écrire.

Pour que se déploie la musique du chant du silence. Pour chanter le désir d’un sourire qu’on espère, il faut écrire.

Afin d’entonner un hymne vibrant à toutes ces femmes qui donnent la vie, à tous ces hommes qui les respectent et qui les aiment, il faut écrire.

Pour que vienne enfin l’égalité entre les sexes, entre tous ces êtres de chair, de souffle et de sang, il faut écrire.

Pour que la grande marche humaine en soit une qui laisse sur son passage les traces du renouveau de la Terre, il faut écrire.

Pour donner un sens divin au mot aimer et des élans nouveaux à tous nos abandons, il faut écrire.

Afin que vienne la beauté qui chemine en soi et qui ne demande qu’à éclore au bout des doigts, il faut écrire, écrire, écrire !

Yvan Giguère

Saguenay

SAPUTO ET LE DUMPING DOMESTIQUE

Marie-Ève Fournier de La Presse nous rapportait récemment que l’entreprise Saputo vendait des produits directement aux consommateurs. Pour un temps limité, Saputo liquide des produits à peu près au quart du prix de ceux offerts en magasin. Cette pratique nous fait penser au dumping domestique.

La semaine dernière, Saputo lançait « lefrigosaputo.ca », permettant ainsi à n’importe qui, vous et moi, d’acheter de Saputo, en ligne. L’entreprise mentionnait que le but de l’initiative visait à diminuer les coûts d’entreposage, vu son surplus d’inventaire en raison de la fermeture des restaurants depuis la mi-mars. L’entreprise offre même la livraison gratuite pour la majorité des régions, si la commande dépasse 100 $.

Mais leurs prix surprennent énormément. Plusieurs produits se vendent à 50 % moins cher. Pour certains fromages, l’escompte atteint 75 % du prix de détail suggéré. Même si cette mesure se veut temporaire, l’idée d’écouler des produits à très bas prix peut miner la valeur des produits en magasin. L’élasticité de la demande fait en sorte qu’en alimentation, vendre un même produit plus cher incite le consommateur à douter des intentions des commerçants et de croire qu’ils abusent. Un jeu dangereux pour à peu près tout le monde au sein de la chaîne. Espérons que Saputo a discuté avec ses clients avant l’annonce de son initiative, mais rien ne laisse croire que c’est effectivement le cas. Avant la COVID-19, la relation entre les transformateurs et distributeurs était loin d’être parfaite, mais cette « vente d’entrepôt » de Saputo n’aidera sûrement pas non plus.

Les pivots stratégiques augmentent en popularité depuis le début de la pandémie, ainsi, des entreprises ont décidé de desservir une clientèle qu’elles ne convoitaient pas avant la crise. Sysco Canada et Gordon Foods Services, des géants en restauration, ont fait la même chose ces derniers temps. Dans la plupart des cas, il fallait diminuer les coûts d’entreposage. Pour ne pas perturber les prix sur le marché, les produits se vendent à des prix ordinaires, sans rabais. La stratégie de Saputo suggère probablement que ses intentions outrepassent le simple besoin de diminuer ses coûts.

L’exécution de la stratégie de Saputo comporte des failles, puisque plusieurs utilisateurs se plaignent de la difficulté d’accéder au site et d’enregistrer une commande. Ces pivots mettent en lumière la faiblesse de certaines entreprises qui ont peu ou pas d’expérience à servir le public directement. Par exemple, Saputo a éprouvé des difficultés à suffire à la demande dès les premières semaines. L’entreprise ne dispose pas non plus de mesures efficaces pour aider sa clientèle qui requiert de l’assistance. Sa page Facebook comporte une panoplie de commentaires négatifs. Pas facile d’oeuvrer dans la sphère du service à la clientèle !

Avec la COVID-19, la chaîne d’approvisionnement se démocratise. Vu que l’achat en ligne devient une option désirée par un plus grand nombre de clients, il n’y a plus seulement les grands de la distribution qui courtisent les consommateurs. Tout le monde le fait, notamment les producteurs, transformateurs et restaurateurs, et l’achat en ligne nous offre plus de choix. Mais bien servir le public n’est pas donné à tout le monde.

La structure de la filière existe pour une raison. Chacun a développé une expertise particulière, au fil des années, lui permettant de contribuer pleinement à l’offre, à sa façon. La COVID-19 incite les entreprises à penser autrement, à jouer dans la plate-bande des autres. Mais avoir accès au public apporte sa part de responsabilités. Un mauvais service peut endommager l’image d’un secteur au complet. Ainsi, le mécontentement risque de se raviver si les intentions ne sont pas claires. Et dans le cas de Saputo, elles ne le sont tout simplement pas.

Dr. Sylvain Charlebois

Professeur titulaire et directeur principal du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire