Humanistes, dites-vous?

Le texte de notre chroniqueur Sébastien Lévesque intitulé « Une Église en faillite », publié le 21 janvier, a suscité plusieurs réactions des lecteurs. Nous vous en proposons aujourd’hui quelques-unes.

OPINION / J’ai lu votre chronique Une église en faillite de ce matin et une partie de votre propos m’interpelle. Au risque de jouer les iconoclastes, j’ai comme l’impression que l’idée souvent colportée que notre civilisation doit au christianisme ses valeurs fondamentales est un lieu commun qui mérite d’être revisité en profondeur. Mais puisque je ne puis me réclamer d’une réelle expertise en la matière, je vous pose la question : quelles sont donc ces valeurs humanistes auxquelles vous faites référence et que l’on doit au christianisme ?

En attendant un éventuel retour de votre part sur la question, je vous expose les éléments qui me font douter du bien-fondé de cette idée.

Pour m’être tapé la Bible assez récemment, je concède d’entrée de jeu que le Nouveau Testament présente, surtout par l’intermédiaire des écrits de Paul, un certain nombre d’idées nouvelles, par rapport à ce qui était promu jusque-là dans l’ouvrage. Mais ces idées de tolérance, d’amour et la suggestion de ne pas juger trop vite ne sont pas exclusives à Jésus. La philosophie bouddhiste et les sagesses autochtones d’Amérique et chinoise n’en étaient-elles pas empreintes bien avant que les chrétiens viennent les « éclairer de leurs lumières » ? Du reste, ces valeurs n’ont rien d’humanistes en soi. Elles sont tout autant communautaristes, une mouvance qui se distingue de l’humanisme, voire s’y oppose par moment.

Par ailleurs, les grandes valeurs fondatrices de l’Occident, celles défendues bec et ongles à coup de chartes des droits, de Déclaration universelle des droits de l’Homme et de Casques bleus me semblent être : la démocratie, l’égalité entre les individus, la liberté de penser et d’expression. Examinons-les tour à tour. La démocratie n’est pas une idée chrétienne. En fait, la Bible dans son ensemble – Nouveau et Ancien Testaments – prône clairement des valeurs antidémocratiques. Il y est plutôt question d’asservissement absolu à la parole d’un dieu et à celle de ses représentants sur Terre. On y prévoit même des sanctions sévères pour quiconque oserait défier cette autorité. La démocratie est une idée grecque, à la base, et apparue dans ses formes plus modernes avec la Magna Carta en Angleterre, puis avec la Révolution française, chaque fois arrachée dans le sang et la violence à la tradition chrétienne. En matière d’égalité entre les individus, vous n’allez pas me dire que l’émancipation des femmes, la reconnaissance de l’égalité et de la valeur des autochtones, des Africains, etc. et le respect de la diversité des orientations sexuelles nous viennent de la Bible, un ouvrage misogyne à outrance, qui prône l’esclavage et en décrit les règles et qui est notoirement homophobe ? Allons, allons ! Soyons sérieux ! Quant à la liberté d’expression et de penser, l’une et l’autre sont explicitement condamnées à maintes reprises tout au long de l’ouvrage.

Je sais, et vous le dites clairement dans votre texte, il y a lieu de distinguer le message de Jésus de ce qu’en a fait l’Église. Mais Jésus dit lui-même, dans son sermon sur la montagne (Matthieu 5 : 17) : « Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes ; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la Terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu’à ce que tout soit arrivé. »

Le sermon sur la montagne est un monument du Nouveau Testament, et la loi dont il est question ici est la loi juive de l’Ancien Testament. Tous les érudits en la matière vous le diront. Il ne semble pas y avoir matière à controverse à cet égard. Or, c’est justement cette loi juive qui est aussi misogyne, raciste, homophobe, antidémocratique et aliénante. Bien entendu, le christianisme n’échappe pas à la règle en matière de religion : tout est bien plus digeste À la carte. Mais avec du « cherry picking », on peut faire dire n’importe quoi à n’importe qui.

Je vous repose donc ma question : quelles sont donc les valeurs humanistes de notre civilisation que l’on doit au christianisme ? Merci d’éclairer ma lanterne. Peut-être n’examinai-je la question que sous un angle un peu trop obtus.

Cordialement,

Nicolas Faucher

Québec

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UNE PAROLE VIVACE

OPINION / Voici une citation de Jésus : « Personne ne raccommode un vieux vêtement avec une pièce d’étoffe neuve ; autrement, la pièce neuve tire sur le vieux tissu et le déchire davantage. »

Oui, l’Église est en renouvellement depuis quelques décennies. Croire qu’elle est toujours la même depuis les cent dernières années relève d’un mythe, ancré dans nos mémoires, engourdi par la rancœur, nourri d’un passé douloureux et persistant. Faillite ? Certainement, si ont pense aux finances douloureuses et précaires de notre diocèse et de nos paroisses. Faillite, tout à fait, quand on pense à l’enseignement et à la mise en œuvre de la doctrine de Jésus.

Par contre, plus vivace que l’herbe ou la neige que nous foulons de nos pieds, par les temps qui courent, la parole de Dieu, celle de Jésus, résonne toujours en nos cœurs, comme un appel à la vie et au renouveau. Merci pour votre chronique de ce jour.

Denis Côté

Chicoutimi

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ÇA FAIT DU BIEN

OPINION / Magnifique, M. Lévesque, comme j’aime votre ton , votre lucidité et votre respect pour les valeurs humanistes ! Ça fait du bien, de l’honnêteté !

Louise Larocque

Lévis