Horreur droit devant !

OPINION / Sur les trois-mâts d’autrefois, perchées dans leur nid-de-pie, les vigies scrutaient l’horizon pour signaler tout danger à l’équipage. De nos jours, les vigies du vaisseau Terre – scientifiques et écologistes – crient à s’époumoner que nous fonçons à pleines voiles sur la catastrophe. Sur le pont, bien peu de gens les écoutent, et surtout pas ceux et celles qui tiennent la barre, les responsables politiques. Ces derniers font tout pour remettre au plus vite le cap sur cette bien étrange « normalité », qui, soumise aux diktats d’une économie totalitaire, « oublie » d’internaliser les coûts environnementaux de ses projets.

À Ottawa, le gouvernement fédéral de Justin Trudeau s’emploie toujours à résoudre la quadrature du cercle, en appuyant le développement du secteur des énergies fossiles, tout en visant la carboneutralité pour 2050. À Québec, une fuite permet d’anticiper que le fameux Plan vert promis par le gouvernement Legault sera d’un vert bien pâle. Dans la valse des millions et des milliards investis par les deux paliers de gouvernement pour la relance économique, on cherche en vain ce qui permettrait de donner une impulsion décisive à cette transition juste et verte dont dépend notre avenir collectif. Nous ne pouvons pourtant pas nous permettre de laisser passer cette occasion unique ! Le manque d’imagination ou d’idées ne peut être invoqué pour ne rien faire. En effet, au moins trois plans concrets sont sur la table : Québec-Zen, promu par le Front commun pour la transition énergétique, 101/idées pour la relance, du Pacte pour la transition, et les propositions du G15+ portées par quinze leaders économiques, syndicaux, sociaux et environnementaux. Je pourrais aussi mentionner le plan Marshall du XXIe siècle, proposé par notre député de Jonquière, Sylvain Gaudreault. Toutes ces propositions vont dans le même sens, même si elles se déclinent chacune selon ses propres nuances. Elles recueillent l’adhésion d’un grand nombre de scientifiques, de spécialistes de plusieurs disciplines, de gens d’affaires, d’artistes, d’écologistes et de simples citoyens. Une seule chose manque : la volonté politique.

Le 17 avril, Françoise Legault déclarait, en parlant de la pandémie : « On est rentrés dans cette crise mal équipés. »

Disons-lui, et répétons-le à tous nos dirigeants : « Agissez maintenant, c’est urgent ! »

Nous ne voulons pas avoir à regretter notre imprévoyance quand, dans cinq, dix, vingt ou trente ans, nous subirons les conséquences funestes, et malheureusement durables, de nos choix insensés.

Anne-Marie Chapleau

Jonquière