Histoire de pêche

OPINIONS / Je parle de celle que Luc Boivin a racontée dans le Carrefour des lecteurs au chroniqueur Roger Blackburn, qui venait d’écrire sur les bateaux de croisière à La Baie. C’est le moins qu’on puisse dire, M. Boivin n’a pas apprécié.

Ça m’a rappelé une histoire de pêche contée par Ti-Gus pour faire rire. Elle se termine ainsi : « Coupe ta ouananiche, m’a éteindre mon fanal. » Luc s’adressant à Roger, ce pourrait être : « Coupe ton article, m’a cesser d’inventer. »

Choses sérieuses : il existe plus qu’un malaise chez les personnes qui jouent la comédie sur le quai de croisières. Faut pas être grand clerc pour au moins s’en douter. S’il y a du fric à faire avec les retombées, ces bénévoles, qu’on sollicite depuis 15 ans, beau temps, mauvais temps, mériteraient bien que l’on commence à les payer à leur juste valeur. La fierté que leur attribue M. Boivin ne permet pas de mettre du beurre sur leurs épinards, comme sur les siens.

D’autre part, si 100 000 visiteurs mettent les pieds à terre à La Baie grâce à la présence des géants de la mer, ils sont invisibles. Pousse, mais pousse égal. Les croisiéristes, en majorité, demeurent sur le pont de leur bateau. On n’est pas dans le Vieux-Québec, où les touristes peuvent admirer la beauté du cap Diamant à partir du majestueux fleuve et poser le pied à terre pour découvrir que la réputation de ville patrimoniale de Québec n’est pas surfaite.

N’oublions pas, aussi, qu’avant le quai de croisières, il y avait des bateaux qui se pointaient dans la baie des Ha ! Ha ! pour faire admirer le paysage aux touristes. Le fjord du Saguenay, c’est sur le pont d’un bateau qu’on le découvre. C’est le fjord, l’attraction. Un site naturel hors du commun que l’on voudrait voir apparaître sur la prestigieuse liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Pour autant qu’il soit protégé des projets industriels que l’on veut y développer.

L’assertion de M. Boivin voulant que l’eau profonde du Saguenay s’arrête à La Baie contredit la signification du toponyme autochtone Chicoutimi, « jusqu’où la profondeur de l’eau cesse ». L’anthropologue et historien de la toponymie québécoise Serge Bouchard nous l’a rappelé, il y a quelques jours, lors d’une intéressante conférence.

Il est faux de prétendre que l’administration locale est contre les bateaux de croisière. À première vue, la majorité endosse la démarche de l’organisme paramunicipal Promotion Saguenay, qui gère les bateaux de croisière et dont le conseil d’administration est composé de plusieurs élus municipaux.

Maintenant, pour ce qui est des fameuses retombées économiques de cet attrait touristique, les connaît-on bien, données probantes à l’appui ? Poser la question, c’est y répondre. Sinon, on en aurait, sans doute, entendu parler par l’ex-maire de Saguenay à l’origine de ce projet touristique. La fameuse carte qu’il disait posséder dans sa manche, à la suite de la catastrophique fermeture de la Consol. Un rapport d’experts sur les retombées fut déposé à l’ex-maire, qui ne l’a jamais fait connaître publiquement, que je sache.

Maintenant, il est encore permis de se demander si ce cadeau livré aux Baieriverains leur rapporte collectivement, mis à part la fierté de voir sa ville devenue une fenêtre ouverte sur le monde touristique.

La fierté de remporter des prix prestigieux, si ce sont des concours qui ne s’adressent qu’aux membres, ça ne signifie pas grand-chose. Un peu comme un club d’horticulteurs qui organise des compétitions juste pour ses membres.

Marcel Lapointe

Jonquière