GNL va me rendre plus riche

OPINION / Le projet de pipeline et d’usine de liquéfaction de GNL Québec fait couler beaucoup d’encre par ici. Il y a des gens polarisés et d’autres pour qui c’est plus difficile de prendre position. Nous croyons tous en notre région, nous voulons nous développer économiquement et personne ne veut détruire notre planète.

Ce qui me fait le plus sourciller, moi, c’est au niveau du montage fiscal de l’entreprise, qui a déjà prévu exporter ses profits dans des paradis fiscaux.

J’ai une entreprise dans la région. Nous avons des brevets dans plusieurs pays et nous exportons sur tous les continents. Nous payons nos impôts ici.

Si GNL Québec passe le test de l’acceptabilité sociale, je vais me poser de sérieuses questions.

Je m’explique. L’évitement fiscal, c’est légal et assez simple. Je résume comment mon entreprise pourrait faire. 1) Nous démarrons une entreprise aux Bahamas. Ça, c’est rapide, pas dispendieux. Ils facilitent la chose là-bas. 2) Ensuite, nous vendons nos brevets à cette entreprise pour pas trop cher.

C’est ici que ça devient intéressant. 3) Pour continuer à manufacturer ici nos produits brevetés, nous devrons verser une redevance à notre entreprise aux Bahamas qui détiendra les brevets. Mettons que nous versons un montant équivalent à notre profit...

Résultat : notre entreprise, ici, ne fait plus de profits, donc ne paie aucun impôt. L’entreprise aux Bahamas fait des profits à ne rien faire, sans aucun employé, et n’est presque pas imposée là-bas !

Si le projet de GLN Québec est accepté par la population, personne ne devrait donc se scandaliser de notre futur évitement fiscal. Pourquoi devrions-nous continuer à payer des impôts ici ? Nous serions vraiment idiots de continuer à payer notre part dans ce contexte.

Si le projet GNL Québec passe tel quel, je pourrais donc devenir plus riche et passer mes hivers au chaud. La belle vie ! Je reviendrai ici l’été pour faire soigner mes bobos dans nos hôpitaux financés par l’impôt des moins riches...

Certains me disent : tais-toi et fais-le ! 

Mais si tout le monde le fait, comment on va financer nos écoles et nos hôpitaux ? Ce serait peut-être le temps de dire que c’est assez et de ne pas accepter un projet qui enverra ses profits ailleurs.

Sébastien Tremblay 

Saint-Prime