GNL Québec: suivez l'argent

OPINION / Je n’ai pas évoqué le motif de l’argent dans mes interventions en faveur du projet de GNL Québec. Puisque les élus de Québec solidaire nous invitent sur ce terrain de réflexion dans leur lettre publiée dans Le Quotidien du 13 février, j’estime qu’il est nécessaire d’apporter un complément d’information à leur intervention pour enrichir le débat.

NDLR: L’auteur de cette lettre d'opinion est le Saguenéen Gilles Bergeron, économiste et professeur retraité à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

Il est acceptable dans le débat public, comme le font les élus de Québec solidaire, de critiquer la pureté des intentions de GNL Québec, qui propose de financer des activités communautaires diverses. Cependant, un fait demeure : une grande entreprise dans la région apporte toujours une contribution significative au financement de nos activités communautaires et nous les sollicitons régulièrement à cette fin. Nous ne sommes cependant pas obligés d’accepter leur contribution. 

Les élus de Québec solidaire considèrent que le tarif préférentiel offert par Hydro-Québec est une subvention déguisée de dizaines de millions de dollars au projet de GNL Québec. Dans les faits, le tarif préférentiel est un outil de la stratégie économique du Québec pour attirer des grandes entreprises créatrices d’emplois et de revenus pour les travailleurs et pour les gouvernements. Cette stratégie est particulièrement favorable au développement des régions éloignées des grands centres, qui fournissent l’énergie et qui n’en retirent pas les bénéfices, compte tenu de la tarification unique d’Hydro-Québec pour l’ensemble du Québec. Il est regrettable que Québec solidaire remette en question cette stratégie. De plus, Hydro-Québec dispose, pour les dix prochaines années, d’un surplus d’énergie qui ne trouve pas preneur sur le marché, malgré tous les efforts de vente sur le marché américain. La vente d’énergie à GNL apportera une contribution significative à l’augmentation des profits d’Hydro-Québec. 

Il aurait été préférable que les promoteurs soient des Québécois, que les profits profitent aux Québécois et soient pleinement imposés au Québec. Ce n’est malheureusement pas le cas, compte tenu des risques et de l’ampleur des capitaux nécessaires au projet. 

Faut-il s’arrêter à cette étape pour suivre l’argent et affirmer, comme le font les élus de Québec solidaire, que le premier ministre du Québec est berné dans cette affaire ? L’étude d’impact nous informe que le projet de 9 milliards $ aura pour effet d’apporter des recettes fiscales de 100 millions $ par an pendant les quatre années de construction et de 110 millions $ par an pendant la phase d’exploitation. 

Un fait demeure : le projet de GNL Québec sera favorable à l’enrichissement des travailleurs de la région, des gouvernements et de tous les Québécois. Ce n’est pas une raison suffisante pour accepter ce projet. 

Cependant, si ce projet favorable à la création d’emplois dans la région est un projet carboneutre – qui n’a aucun impact négatif sur le bilan québécois de GES – et que les mesures proposées par le BAPE nous assurent que ce projet respecte les règles québécoises pour le développement durable, pourquoi refuser de s’enrichir ?

La mobilisation des jeunes pour le climat est souhaitable et nécessaire. Il y a urgence climatique et des mesures individuelles et collectives doivent être prises pour diminuer nos émissions de GES au Québec et dans le monde. Il ne faut cependant pas se tromper de cible et écouter la science. Comme une majorité de mes collègues économistes, j’estime que la stratégie de chercher à diminuer l’offre d’énergies fossiles est une stratégie vouée à l’échec. C’est à la consommation qu’il faut s’attaquer. Il faut avoir le courage de promouvoir et de prendre les mesures appropriées pour diminuer la consommation, entre autres avec une augmentation significative de la taxe carbone.