GES et projet gazier

Pour que le projet gazier au Saguenay puisse donner lieu à un débat démocratique serein, il est nécessaire que les informations mises à la disposition des citoyens soient complètes, valables et crédibles.

Le reportage du journaliste Jean-Thomas Léveillé, dans La Presse du dimanche 10 mars, donne malheureusement une image incomplète du projet pour la production de GES (gaz à effet de serre).

Les calculs des GES par le Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG), un organisme indépendant crédible, sur toute la vie du projet, soit de l’extraction à la production, puis à la consommation, donnent les résultats suivants pour une année : l’extraction produira 7,4 millions de tonnes à l’extérieur du Québec ; les émissions à l’usine de liquéfaction seront de 420 000 tonnes de GES au Québec et la consommation, par le remplacement principalement du pétrole et du charbon en Asie et en Europe, produira la réduction de 28 millions de tonnes métriques de GES dans le monde. L’impact total du projet à l’échelle de la planète est nettement positif, selon ces calculs.

L’article de La Presse ne retient que les données négatives du projet, soit une émission de 7,8 tonnes de GES par an. Il est vrai que les données positives de réduction de 28 millions de tonnes de GES par an reposent sur des hypothèses qui peuvent faire l’objet de débats. Omettre de rendre compte de ces impacts positifs n’en demeure pas moins inacceptable pour informer correctement les citoyens.

L’article établit également une comparaison avec le projet de la cimenterie McInnis de Port-Daniel-Gascon qui est une source de confusion. Pourquoi cette comparaison avec le projet le plus polluant dans l’histoire du Québec ? Les données de la comparaison doivent être précisées. Le complexe de liquéfaction de gaz naturel d’Énergie Saguenay émettra quatre fois moins de GES au Québec (420 000 tonnes) que le projet de la cimenterie (1,8 million de tonnes). De plus, selon l’engagement pris par GNL Québec visant à faire de l’usine une usine carboneutre, ces émissions seront totalement compensées. Si cet engagement est respecté, l’impact du projet sur le bilan québécois de GES sera un impact nul.

Il importe de rappeler que dans le cadre des engagements du Québec de réduire sa production de GES, le calcul est fait en prenant en compte seulement la production de GES sur son territoire. Que l’on soit d’accord ou non, c’est la base de calcul qui est retenue dans les ententes internationales pour la répartition des tâches dans la lutte aux changements climatiques.

Gilles Bergeron, économiste

Saguenay

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JOURNÉE INTERNATIONALE DU BONHEUR

En 2012, l’Assemblée générale des Nations Unies décrète le 20 mars Journée internationale du bonheur. L’ONU reconnaît que le bonheur et le bien-être devraient être pris en compte dans les objectifs politiques. Et qu’un nouveau paradigme doit accorder la parité entre les trois piliers du développement durable : bien-être social, économique et environnemental.

Pourquoi cette décision ? Parce que l’approche selon laquelle « le bonheur est dans le produit intérieur brut » est un échec accablant. À preuve : le PIB de plusieurs pays s’est multiplié en cinquante ans, et pourtant les gens ne se déclarent pas plus heureux. Seulement, qu’est-ce que le bonheur ? Un état qui nous donne le sentiment que la vie est bonne et qu’elle vaut la peine d’être vécue. Il est synonyme de satisfaction ou de qualité de vie, et concerne le bien-être personnel et sociétal.

Mais quels sont les obstacles au bonheur ? La grande pauvreté financière de milliers d’individus, le non-respect des droits de l’homme et de la femme et de leur dignité, la dégradation de la planète, le manque de cohésion sociale, les inégalités. Faut-il rappeler que le patrimoine cumulé des 1 % les plus riches du monde dépasse désormais celui des 99 % restants ?

C’est ainsi que plusieurs chercheurs, des économistes y compris, arrivent à la conclusion qu’investir dans le bonheur national brut (BNB) procure des bienfaits pour l’ensemble la population. Le bonheur apporte des gains individuels : plus d’enthousiasme, de confiance, de relations, d’énergie, de créativité. Et, collectivement, il ouvre la porte à la cordialité, à la tolérance, à l’inclusion, au partage, à la générosité, à la compassion, au désir d’engagement pour un monde plus juste, plus écologique et plus équitable.

Alors, comment célébrer cette journée qui nous rappelle que la croissance économique seule ne peut assurer le bonheur ? Se tourner vers la bienveillance et la reconnaissance. La première nous incite à renouveler notre promesse d’aider les autres. En cela, les occasions de bonté ne manquent pas. Il suffit d’être là. Et de tendre la main. La deuxième ouvre la porte à la gratitude et à l’appréciation des belles choses de la vie. Au fond, toutes deux nous permettent de rêver, d’aimer, de dénoncer, d’agir et de créer de l’humanité. Une humanité plus humaine, comme le dit Montaigne. Et nous en avons bien besoin.

Suzie Robichaud

Professeure émérite, UQAC