Fonds publics dilapidés

OPINION / Je m’intéresse aux affaires municipales de mon village (Saint-Fulgence) et j’assiste aux séances régulières du conseil. À la lumière des discussions entendues à la table du conseil, il est effarant de constater la multiplicité des programmes de subventions offerts par les diverses instances gouvernementales et la MRC du Fjord-du-Saguenay.

Il est à croire que la course aux subventions, dans certains cas, devance largement (ou en fait fi) les besoins, c’est-à-dire la demande de services clairement exprimée par les citoyens et pleinement ressentie par les représentants des citoyens au conseil. Et quand on pose la question, la réponse est invariablement la même : « Tel ou tel projet n’a rien coûté aux citoyens. » Coût nul, c’est le gouvernement ou la MRC qui a payé, comme une manne qui tombe du ciel qu’il faut cueillir en toute hâte, dont il faut s’emparer avant les autres et tant que coulera la source.

Prenant naissance à la sortie et à deux kilomètres du cœur du village, j’ai vu s’allonger au cours des sept dernières années, mètre par mètre, une courte piste de trois kilomètres que le maire rêvait cyclable. En raison des multiples pentes abruptes du village et de sa rue principale très étroite, la pratique du vélo tient des prouesses olympiques et nous ne sommes que quatre médaillés à avoir la jambe et l’audace pour nous y aventurer régulièrement. Lui faisant remarquer l’absence de tout cycliste, le maire disait trouver consolation à voir quelques résidents à proximité y pratiquer la marche. À coût nul pas certain ; à coups de subventions assurément ! Et pas de cyclistes à coup sûr !

J’ai pignon sur son parcours. Depuis sept ans que j’observe le mouvement du transport dit collectif de la Société de transport de Saguenay, un gros autobus de grande cité qui franchit la frontière chicoutimienne pour effectuer une tournée au cœur du village et desservir la population. Trois fois par jour, cinq jours semaine, je vois passer cet autobus tristement inoccupé ; j’ai dénombré trois ou quatre usagers selon les saisons, possiblement deux ces dernières semaines et tous occasionnels de surcroît, de sorte que cinq ou six fois sur dix, l’autobus va et vient sans aucun passager. C’est connu des citoyens et des élus. Pour sa part, la MRC a bien dû ou aurait dû s’intéresser aux données comparatives de fréquentation de la STS puisqu’elle subventionne le même service à Saint-Honoré.

Je suis intervenu ponctuellement aux séances du conseil, le maire a toujours refusé de considérer toutes mesures alternatives d’accompagnement plus efficaces et moins coûteuses mises en place à Alma et dans quelques autres municipalités, toutes plus populeuses. Il fallait, selon le maire, « être négatif pour vouloir démolir un transport collectif qui fonctionne aussi bien ». Et lors de mes interventions aux séances publiques, cette dilapidation de fonds citoyens de 25 000 $ remise en question n’a jamais ébranlé la belle unanimité régnant au sein du conseil.

À la séance du 4 janvier dernier, je suis à nouveau intervenu à ce propos. Le maire s’est prononcé haut et fort — les motifs de son entêtement ne font plus de doute —, en toute sérénité. Il a déclaré que « l’autobus est là pour rester et pas question de laisser cet argent-là être dépensé par les autres »... parce que cet argent-là c’est la somme de 17 000 $ que la MRC subventionne sur les 25 000 $ que la municipalité doit payer annuellement à la STS.

Le citoyen se demande régulièrement à quoi servent ses taxes et impôts. Si toute bonne chose a une fin, les moins bonnes choses ne devraient-elles pas cesser bien avant ? Je ne sais ce qu’étaient les objectifs de la MRC au lancement de son programme de développement du transport collectif dans notre petite communauté, mais force est de constater, après trop d’années, que les besoins n’étaient et ne sont toujours pas là, et que la population ne répond pas davantage à l’appel incitatif écolo-vert de ce mode de déplacement. Soyons réalistes enfin, notre population sera toujours insuffisante pour justifier un tel service et ses coûts. Faut y mettre fin. Quant au maire, il doit corriger son plaisir affirmé de dépenser l’argent des autres. Il presse de ménager nos fonds propres pour les utiliser tous, enfin, à des fins utiles. Tant de besoins sont placés en attente de budget. « En avons-nous vraiment besoin », devraient primordialement se demander le maire et ses conseillers.

Jean-Marc Pagé

Saint-Fulgence