Faisons preuve de bon sens

OPINION / Le printemps est arrivé. Ça fait du bien de sentir la chaleur du soleil, de mettre les mains dans la terre et de préparer la saison de culture pour moi qui est paysan. C’est si beau et si bien fait, la vie ! Je me retrouve pieds nus, à jardiner et à vivre des instants de bonheur à contempler l’ensemble de toute cette beauté. Et puis, je reviens vite à la réalité… à nouveau les déchets.

Cet hiver, j’ai fait le tour du réservoir qu’on appelle faussement un lac. Sur le chemin, j’ai ramassé tous les déchets que j’ai croisés. À pied, sur le bord des rangs, le plus souvent, avec mon chien, à marcher et à m’arrêter dans plusieurs villes et villages. Au fil de ce périple, j’ai développé une forte appartenance au territoire d’où je suis.

L’autre jour, je pensais être parti marcher sur le bord de l’eau paisiblement. Et, comme il m’arrive régulièrement, je me suis plutôt retrouvé à ramasser des déchets. Le pire est celui que tu ne réussis pas à ramasser au complet ; ce plastique qui se désintègre, sous les feuilles mortes, sous la glaise. Il y a bien d’autres affaires… de la vitre plus souvent fragmentée que complète. On n’a quasiment pas besoin de traîner de sac, on en trouve vite un quelque part !

C’est terrible de constater l’ampleur de tout ça. Le pire reste pourtant invisible. Je vois mes animaux boire dans l’eau du ruisseau et je sais fort bien que les agriculteurs utilisent des pesticides, insecticides, fongicides et intrants chimiques. On ne peut même pas boire l’eau qui coule dans les ruisseaux !

Il est impératif de remettre nos pratiques en question. C’est vrai pour l’agriculture, ce l’est aussi pour l’ensemble de ce qu’on fait dans la société. La convention est orientée vers la mort. « Une belle job propre » qui consiste à retirer la vie à son état naturel et à prendre le contrôle en contaminant le tout.

Il y a urgence climatique, extinction de masse, perte de biodiversité et puis, on continue à avoir ces mauvaises pratiques ? Alors qu’il y a nombre d’injustices et d’inégalités. C’est honteux !

Et on se fait parler de croissance économique… Ça me sidère !

Comment se fait-il que nous soyons ici et maintenant, vivants dans la même région, ayant les mêmes besoins et que, malgré cela, on n’ait pas une vision commune de ce qui est bon pour nous ? Par nos choix économiques, servons-nous vraiment nos intérêts ? La vérité, c’est qu’il n’y a même pas d’espace pour en discuter. Ça s’appelle un manque démocratique ; c’est la politique dans la forme où elle est censée nous représenter.

Qu’en est-il de notre politique ?

À l’heure où tout est orienté vers l’industrie, vers l’exportation, quand nos besoins réels risquent fortement d’être déficitaires, alors que nous faisons face à de nombreux enjeux, il est temps de s’organiser.

Faisons preuve de bon sens et rassemblons-nous pour remettre de l’ordre entre le politique, l’économique et le social, et pour mettre les fondements d’un projet de société qui sert véritablement notre intérêt !

Charles Bois

Représentant, Saguenay–Lac-Saint-Jean

Union paysanne

PRINCIPE DE PRÉCAUTION

J’ai été impressionné par la vigueur intellectuelle manifestée par notre sociologue Guy Rocher, un acteur important de notre révolution tranquille, qui, à 95 ans, s’est déplacé en commission parlementaire à Québec pour faire entendre son point de vue concernant le projet de loi 21 sur la laïcité. Le même soir, il a répondu longuement et avec aplomb à toutes les questions que lui a posées Anne-Marie Dussault à 24/60.

Mais je n’ai pas été impressionné par l’argumentaire qu’il a soutenu pour appuyer le projet de loi 21 sur la laïcité, soi-disant qu’étant donné qu’il est impossible de fournir des motifs supérieurs ou des données probantes, comme l’a souhaité Gérard Bouchard à cette même commission, pour aller de l’avant avec un tel projet de laïcité qui veut interdire, en particulier, aux futures enseignantes de porter un voile islamique en classe, il est donc nécessaire de faire appel au principe de précaution, au cas où des élèves ou des parents seraient inconfortables avec une telle tenue, eux qui sont peut-être Témoins de Jéhovah, catholiques, protestants ou même athées... La liberté de conscience de ces derniers étant plus importante, selon M. Rocher, que celle d’une enseignante qui désire porter le voile sur ses heures de travail. Il évoque aussi l’utilité de ce principe de précaution pour éviter une possible « reconfessionnalisation » des écoles devant une certaine prolifération des voiles islamiques portés par des enseignantes.

Cet argumentaire de M.Rocher ne s’inscrit pas dans le réel. En effet, les commissions scolaires et donc les écoles sont non-confessionnelles depuis 1998, et ce, conformément à la loi. Aucun retour en arrière n’est prévu ou envisageable par les Québécois. Je concède que dans certaines écoles, où plusieurs enseignantes portent des voiles, il peut y avoir une certaine apparence confessionnelle islamique, mais ce ne sera toujours qu’une apparence. Et concernant l’interdiction de porter le voile dans les écoles pour ce dernier motif, mais, en particulier, pour des motifs de respect de la liberté de conscience autant des élèves que de leurs parents, le principe de précaution souhaité par M. Rocher ne peut se justifier, car depuis au moins vingt ans, aucun problème n’a été soulevé sous ce rapport. Il est manifestement sans objet.

En fait, pour prendre une comparaison dans le monde réel, il est connu que les municipalités, et même Québec, légifèrent ou tentent de le faire pour obliger les pitbulls à porter une muselière quand leur maître les amène dans des parcs où il y a des enfants avec leurs parents. Et c’est justement le principe de précaution que ces autorités invoquent, même si ça ne fait pas l’affaire de certains propriétaires qui prétendent que leur chien est tout gentil et inoffensif. Ici, le principe de précaution se justifie amplement, pourquoi ? Parce qu’il y a eu des cas tragiques.

C’est pourquoi, en l’absence d’une réelle problématique, museler les enseignantes sur le plan de l’expression religieuse, au cas où seulement, m’apparaît plutôt abusif et irrespectueux. Aussi, s’il n’est pas trop tard, je souhaite que ce modèle de laïcité d’interdiction, justifié maintenant par l’argumentaire déraisonnable de M. Rocher, soit abandonné pour y préférer un modèle de laïcité d’invitation basée sur l’adoption d’un code d’éthique élaboré selon une approche transpartisanne, si telle chose est encore possible. Mais pour cela, il faudrait que le Parti libéral du Québec et Québec solidaire demandent le retrait de l’actuel projet et endossent courageusement ma proposition ; sinon, par défaut, ils cautionneront ce projet vu que le gouvernement est majoritaire et que s’ils ne font rien en termes de contre-proposition signifiante, il sera bel et bien adopté.

Denis Forcier

Shefford