Faire avancer le Québec

OPINION / Déjà engagée, la campagne électorale qui mènera le Québec au choix d’un nouveau gouvernement le 1er octobre s’annonce imprévisible et déroutante. Cela révèle à quel point le terreau politique québécois est balkanisé, bouleversé, sens dessus dessous. Il faut en discerner les causes, du moins la cause principale.

L’hypothèque référendaire a certes été levée par un PQ ébranlé et désorienté, mais la question identitaire,  posée par l’existence d’une nation québécoise,  constitue encore un enjeu collectif majeur, au point de créer une forte  polarisation en plein cœur du débat gauche-droite, dont certains ont cru  à tort qu’elle en serait écartée. Et le débat a vite déparé.

Par opportunisme, en utilisant des tactiques électorales primaires, des leaders et des intervenants politiques alimentent la division, entretiennent  la confusion et desservent les intérêts supérieurs du Québec, notamment en associant perfidement l’affirmation nationale  à l’extrême droite,  au repli, voire au racisme. Le PLQ alimente cette polarisation pour freiner la progression de la CAQ. Québec solidaire érode quant à lui  le flanc gauche du PQ en soutenant qu’une politique d’ouverture au multiculturalisme rend légitime un projet souverainiste résolument à gauche.  Quant à la CAQ, elle vogue à vue en proposant un tout inclus aux chercheurs d’aubaine. 

On le sait, depuis le référendum perdu de 1995,  la cause souverainiste s’est affaiblie et le discours national s‘est lentement étiolé.  Mais pour la forte majorité des francophones, le Québec demeure, même au sein du Canada, une société distincte qui exige un État pourvu des pouvoirs, des moyens et des compétences conformes à ses aspirations.  Pour l’essentiel, le peuple comprend très bien  que la cause nationale et le type de société sont intimement liés. 

Le fouillis politique qui nous paralyse reflète  la grave crise de confiance que traverse le Québec et met en péril son intégrité et  son identité.  Une crise de confiance causée  par les dysfonctions de la société québécoise dans son système de gouvernance, ses institutions, sa vie démocratique, sa capacité d’entreprendre et de mobiliser des ressources, son rayonnement international, son dynamisme culturel, son développement économique et technologique. Le cadre constitutionnel fédéral hérité de Pierre Élliot Trudeau et la dynamique politique canadienne entretiennent et amplifient de diverses façons ces dysfonctions.   

Il est vrai que le Québec francophone doit faire évoluer son « nous collectif », le regard tourné vers l’avenir.  Comme le font toutes les nations dans le monde, il doit redéfinir ses besoins,  faire ses choix, identifier les routes à emprunter et les destinations à rechercher et à atteindre.  Mais cette transition, nécessaire,  doit être fondée sur son histoire et nourrie par son patrimoine.  Sept conditions m’apparaissent  indispensables pour y arriver.

Premièrement, un consensus national s’articule autour d’un état démocratique tourné vers le maintien, le renforcement et le développement de la société francophone (et non pas uniquement la langue) qu’est le Québec.  Cela implique la reconnaissance explicite d’un tronc commun identitaire qui puise ses racines dans l’histoire, qui a pris un caractère distinctif et exclusif dans son développement endogène,  lui-même enrichi de  l’apport extérieur.

Deuxièmement, cette société particulière se déploie par la présence influente du seul état francophone d’Amérique, dont le gouvernement exerce un rôle rassembleur et intervient activement dans les principaux secteurs de l’activité collective, la culture, l’éducation, les affaires sociales,  la santé et  l’économie en étant les plus importants.

Troisièmement, cette société reconnait la contribution historique et le rôle social de la communauté anglophone québécoise et tient compte de l’environnement anglophone du Canada et de l’Amérique du Nord.

Quatrièmement, cette société se dote d’une constitution qui met l’emphase, outre la reconnaissance de la nation francophone et des communautés autochtones,  sur  la décentralisation des pouvoirs vers les communautés régionales, la répartition de la richesse, la laïcité de la sphère civique et de l’état,  la liberté religieuse, l’égalité entre les hommes et les femmes.

Cinquièmement, cette société accorde une importance primordiale à l’exploitation équilibrée et au développement durable de son territoire et de ses ressources. 

Sixièmement, cette société se dote des moyens et déploie des actions internationales  pour progresser, poursuivre sa route,  et participer selon ses intérêts et ses valeurs aux affaires mondiales.

Septièmement, cette société  accueille les arrivants issus de l’immigration dans un esprit de partage, de fraternité, de justice et d’évolution de l’humanité. 

Voilà une feuille de route qui peut nous amener bien loin.  Jusqu’à la souveraineté de préférence et  si nécessaire, dès lors qu’ensemble, de façon responsable et lucidement, avec sagesse et fierté, nous décidions de nous accomplir pleinement.

Laval Gagnon,

Chicoutimi