Évoluer avec son temps

Dans sa chronique portant sur le film Marie-Madeleine, du réalisateur Garth Davis, le chroniqueur Sébastien Lévesque conclut de la façon suivante : « On dit souvent que l’histoire est écrite par les vainqueurs, ce qui est rigoureusement vrai dans le cas du christianisme. Ce sont effectivement des hommes qui ont écrit l’histoire du christianisme, et ce, au détriment des femmes. »

On pourrait bien sûr en dire tout autant du judaïsme, de l’islam et des autres grandes religions. Cette discrimination des femmes est présente au sein de ces religions encore aujourd’hui, ce qui n’est guère surprenant considérant que ce sont toujours des hommes qui les dirigent. Ce qui est surprenant par contre, c’est de constater que pratiquement personne ne s’offusque d’une telle discrimination. Pourtant, dans tout autre domaine que celui de la religion, une large frange de la population monte rapidement aux barricades lorsqu’une situation de discrimination envers les femmes est portée à son attention.

Il est encore plus surprenant de constater que la Charte des droits et libertés de la personne du Québec permet cette situation en accordant aux institutions religieuses, à l’article 20, une « dérogation » rendant cette situation non discriminatoire. Et ce, malgré le fait que la Charte repose sur le considérant suivant : « Le respect de la dignité de l’être humain, l’égalité entre les femmes et les hommes et la reconnaissance des droits et libertés dont ils sont titulaires constituent le fondement de la justice, de la liberté et de la paix. »

Comment expliquer cet état de fait ? Perdons-nous notre capacité de réflexion lorsqu’il est question de religion ? Est-ce l’endoctrinement dès le jeune âge propre à ces religions qui évacue tout esprit critique, toute distanciation ? De fait, presque tous les baby-boomers du Québec, et leurs aînés ont subi cet endoctrinement, découlant de textes écrits et interprétés par des hommes d’un autre temps.

Si, à titre d’exemple, cette discrimination systémique était présente dans un mouvement social quelconque, qui voudrait en faire partie ? Alors, pourquoi y a-t-il autant de femmes et d’hommes proégalité encore « membres » de ces mouvements religieux ? Peut-être faudrait-il une désaffiliation (apostasie) massive pour enclencher une réforme en profondeur de ces religions sur ce plan – à quand les femmes prêtres ? –, et sur d’autres – le célibat des prêtres, l’homosexualité, l’avortement. Ce qui n’évolue pas avec son temps s’efface petit à petit.

Serge Alain

Lévis

+ LE MOIS DES ANNIVERSAIRES

Le mois de juin est fertile en événements historiques qui méritent d’être soulignés. Pourtant, le seul dont on entend parler est celui du débarquement, le 11 juin 1838, à la baie des Ha ! Ha ! , des quatorze hommes qui restent sur les vingt-sept, partis le 25 avril de La Malbaie, les 13 autres ayant débarqué aux Petites-Îles, à l’anse au Cheval et à l’anse Saint-Jean pour y construire des moulins à scier. Dans le cas de l’anse Saint-Jean, ils y trouvèrent, déjà à l’ouvrage, une équipe venue par terre. Ce groupe fut rejoint à l’automne par les familles. L’arrivée de ce groupe de bûcherons-colons dans le Haut-Saguenay est naturellement un fait historique. Ce n’était pas une première quant à l’établissement d’un moulin à scier dans le Haut-Saguenay. Le père Claude-Godefroy Coquart, missionnaire à Chicoutimi de 1746 à 1765, nous apprend qu’en 1750, il y avait un important moulin à scier qui était situé à la rivière Pepaouetiche (rivière du Moulin, à Chicoutimi). L’arrivée des membres de la Société des Vingt-et-Un n’est donc qu’une nouvelle étape dans la fréquentation et l’occupation, par les Européens, de ce territoire depuis 1647, en juillet cette fois, par le passage du jésuite Jean de Quen.

Mais revenons en juin, soit le 6 juin 1676, date à laquelle les jésuites Dablon et Drueilletes, partis de Tadoussac le 1er juin pour se rendre à la mer du Nord (Baie-James), débarquent à Chicoutimi et inscrivent dans leur journal : « Nous arrivons de bonne heure à Chegoutimis, lieu remarquable pour être le terme de la belle navigation et le commencement des portages. »

C’est ainsi que le nom Chicoutimi, utilisé par les Autochtones depuis probablement des centaines d’années, passe de la préhistoire à l’histoire. Cette date doit demeurer dans notre mémoire collective.

Quinze ans plus tard, soit le 24 juin 1676, c’est la fondation d’un poste de traite et d’une mission catholique à Chicoutimi, début de l’exploitation permanente de la faune, par les Français, dans le Haut-Saguenay. Nous venons de faire reculer de 162 ans l’histoire régionale. Ce poste de traite a produit, pendant un certain temps, « plus de pelleteries que tout le Canada ensemble ». La mission catholique, fondée par le père de Crespieul, dont la première chapelle était plus imposante que celle de Tadoussac, a vu près d’une quinzaine de missionnaires se succéder jusqu’en 1782, date à laquelle les jésuites furent remplacés par des prêtres séculiers. Il s’agit de lire les récits de ces jésuites pour découvrir, comme l’écrit si bien le père de Crespieul, que « la vie d’un missionnaire Montagnais est un long et lent martyre ; est un exercice presque continuel de patience et de mortification ; est une vie vraiment pénitente et humiliante ». Au cours des cent premières années, malgré une absence de vingt ans au début du 18e siècle, quelque 550 baptêmes, 100 mariages et 150 sépultures ont été célébrés à Chicoutimi seulement. Toute personne demeurant sur ce territoire devrait lire aussi les écrits du père Pierre-Michel Laure (1720-1736) qui décrit avec force détails la vie et les mœurs des Montagnais. Avec les coureurs de bois, comme Nicolas Peltier, une nouvelle ethnie, celle des métis, voit le jour. Comment passer sous silence une si longue période de notre histoire qu’est cette époque des fourrures qui s’est terminée, essentiellement, par la fermeture du poste de traite en 1856 ?

En fait, l’histoire de notre région commence par son occupation par les peuples autochtones qui y vivaient depuis 4000 à 5000 ans, et qui méritent aussi notre attention.

Jacques Pelletier

Chicoutimi