Et si la solution se trouvait ailleurs?

OPINIONS / Le 15 mai 2019, la ministre de la Sécurité publique, Mme Geneviève Guilbault, présentait un projet de règlement concernant la Loi visant à favoriser la protection des personnes par la mise en place d’un encadrement concernant les chiens.

Un projet de règlement salué par tous, dont le RQIEC, puisque la sécurité publique est un enjeu prioritaire pour les membres de notre association. Toutefois, considérant que le gouvernement adoptera prochainement son nouveau règlement en raison de la fin de la période de consultations, il nous apparaît primordial de réitérer notre avis professionnel à l’effet que le projet de règlement ne solutionne pas de manière totalement adéquate le problème des morsures de chiens.

Un propriétaire de chien qui sait reconnaître les signaux que son animal émet lors de situations de stress, aura les connaissances pour éviter les accidents. Les parents qui savent qu’on ne laisse jamais un enfant s’approcher d’un chien inconnu, sauront éviter les situations risquées. Les enfants que l’on sensibilise tôt au fait que plusieurs chiens n’aiment pas les câlins, éviteront les gestes hasardeux pouvant pousser le chien à mordre. Enfin, un chien que l’on éduque, socialise et encadre adéquatement dès son jeune âge, a plus de chance de devenir un bon citoyen canin. Or, l’ensemble de ces comportements visant à prévenir les morsures ne sont pas innés ni chez l’humain ni chez le chien; ils découlent d’apprentissages et de connaissances qui s’acquièrent avec le temps et les enseignements d’un bon intervenant en éducation canine.

Sachant cela, est-il toujours opportun de croire que la sécurité du public repose à elle seule sur l’adoption d’un règlement et de mesures punitives? Évidemment que non! En tant que société, si nous visons à réduire les morsures, il faut travailler en amont et favoriser l’éducation, la sensibilisation et la transmission d’information. Il est également important d’encourager les saines habitudes d’éducation et d’encadrement des chiens, notamment en promouvant les cours avec des experts en éducation canine reconnus et en interdisant l’utilisation d’outils aversifs, incluant certains colliers provoquant de la douleur aux chiens. De tels équipements peuvent, dans bien des cas, occasionner d’autres problèmes comportementaux beaucoup plus graves comme les comportements reliés à de la peur, de l’évitement et même de l’agressivité.

En ce sens, il est primordial de revoir l’encadrement prévu actuellement afin qu’il favorise les méthodes d’éducation éthiques. Nous souhaiterions également que ce dernier ne relègue pas le travail des intervenants en éducation canine au second plan puisque les éducateurs qui sont à jour dans leurs connaissances, sont les mieux placés afin d’éduquer les propriétaires et leurs chiens ainsi que renseigner le public sur la façon d’interagir avec nos compagnons à quatre pattes.

Les chiens font partie de manière intégrante de notre société depuis des millénaires et pourtant, beaucoup de travail d’éducation reste encore à faire afin que la cohabitation soit harmonieuse et sécuritaire. Les membres du RQIEC possèdent les compétences et l’expertise dont la société a besoin afin que soit mis en place un environnement sécuritaire. Leur accorder le temps et les ressources nécessaires est essentiel à ce projet. Une fois cela en main, les éducateurs pourront réellement travailler à réduire le nombre de morsures au Québec. Ultimement, nous pourrons espérer que les mesures coercitives n’auront plus leur place en matière d’éducation canine.

Simon Gaudreault, président

Regroupement québécois des intervenants en éducation canine (RQIEC)