Mgr René Guay
Mgr René Guay

Ensemble, avec force et audace

Carrefour des lecteurs
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Le Quotidien
LETTRE OUVERTE / L’auteur de cette lettre est Mgr René Guay, évêque du diocèse de Chicoutimi.

Mes sœurs, mes frères,

Il me fait vraiment plaisir de vous saluer en ce début d’année pastorale bien spéciale qui nous oblige à composer encore avec la présence du coronavirus. Tout en respectant les consignes sanitaires, le 9 septembre dernier, à l’Ermitage Saint-Antoine de Lac-Bouchette, plusieurs personnes ayant différentes responsabilités dans notre Église diocésaine se sont réunies pour le Lancement de l’année pastorale 2020-2021. Tout au long de la journée, nous avons pu échanger sur les difficultés vécues au cours des derniers mois. En nous accueillant et nous écoutant les uns les autres, nous avons pu mesurer les conséquences de la pandémie de COVID-19 et des mois de confinement : la plupart d’entre nous ont vécu des situations de souffrance au plan personnel et ecclésial qui accentuent l’état de « crise » que vit notre Église.

Ne nous laisse pas entrer en tentation

Au tout début de la journée, je mentionnais à l’assemblée que, comme personnes engagées en l’Église, nous faisions face à une énorme tentation devant l’inconfort provoqué par la situation actuelle. Il serait tentant de nous lancer à corps perdu dans une reprise rapide des activités habituelles afin de nous réconforter et de revenir le plus vite possible à ce que nous connaissons. J’ai alors invité les personnes présentes et engagées dans leur communauté ou dans leur mouvement à une prise de conscience encore plus approfondie que les choses ne pourront plus continuer comme avant.

Aujourd’hui, je réaffirme qu’il est très important de nous donner du temps comme Église diocésaine, pour voir venir les choses et lire les signes de l’Esprit. Oui, il nous faut prendre du recul pour mieux comprendre ce que nous avons vécu et que nous vivons encore afin d’être plus disponibles pour écouter le Seigneur qui saura sans doute nous indiquer des chemins nouveaux pour une Église missionnaire. Nous parlons souvent de l’importance comme Église de faire autrement. Et si c’était là l’occasion ? Tout au long de ces mois de confinement, nous avons eu l’impression d’être une Église paralysée : à part des temps de prière et de célébrations liturgiques offerts sur les réseaux sociaux, de même que quelques autres activités de formation, nous avons pris davantage conscience de certains rendez-vous manqués auprès des personnes plus vulnérables, plus souffrantes.

Heureusement, plusieurs d’entre nous se sont fait le devoir d’utiliser le téléphone pour communiquer avec des personnes plus isolées, pour s’informer, les soutenir pendant ces mois de confinement.

Nos coeurs et nos gestes tournés vers les autres

En plus de nommer les évènements qui ont été difficiles ces derniers mois, cette journée du Lancement de l’année a permis aussi d’entrevoir qu’un processus de résilience rend possible la traversée d’une crise et d’un éventuel rebondissement. Comme Église diocésaine, après avoir pris le temps de nous arrêter, d’écouter et de bien discerner ce que le Seigneur est en train de nous indiquer, nous serons plus en mesure de marcher sur ce chemin dans la confiance et l’espérance afin de devenir de meilleurs disciples de Jésus au coeur et au service de notre monde. Voilà pourquoi, après consultation auprès des prêtres modérateurs et des personnes à la coordination dans les différentes Unités pastorales, je demande aux personnes responsables de l’Initiation chrétienne de ne pas entreprendre de nouvelles démarches catéchétiques tout au long de cette année pastorale.

Cependant, les célébrations des différents sacrements (pardon, eucharistie et confirmation) seront possibles pour les cohortes qui ont déjà terminé leur préparation depuis mars dernier. Il va de soi qu’en tout temps, il faudra s’assurer de respecter les consignes sanitaires en vigueur. Il ne s’agit pas, pour les responsables, d’un temps d’arrêt pour ne rien faire, mais bien pour évaluer, repenser, améliorer les démarches proposées et faire en sorte de favoriser chez les enfants et les jeunes adultes une véritable rencontre avec Jésus et une expérience d’Église signifiante qui ouvrent aux autres, spécialement à ceux et celles qui ont mal et qui souffrent pour différentes raisons.

Dans ce présent plus difficile qui nous invite à limiter nos contacts et dans cet avenir à découvrir, nous pouvons soupçonner que le Seigneur Jésus va continuer de nous inviter à nous faire proches de ceux et celles qui sont les plus touchés par l’insécurité, le chômage, la pauvreté, l’exclusion, la maladie, le deuil et par les souffrances occasionnées par les blessures que nous faisons subir à notre Terre mère. D’ailleurs, déjà certains et certaines d’entre nous ont su le faire avant et tout au long du confinement et le font encore malgré la distanciation imposée. C’est aussi le généreux engagement de nombreuses personnes déjà en service dans les différents organismes communautaires. Je crois qu’il est possible que le Souffle saint, à la suite de notre temps d’arrêt et d’écoute, puisse nous inspirer des chemins nouveaux et audacieux. Se pourrait-il que le Seigneur nous permette de rêver d’être contaminés par le dynamisme et l’audace de la jeunesse ? En ce temps de pandémie qui nous ramène à l’essentiel, se pourrait-il que le Seigneur puisse nous guérir d’une certaine paralysie pour devenir une Église encore davantage en état de service ? À l’exemple de Pierre après le départ de Jésus, nous voulons dire à toute personne et avec sincérité : « De l’argent et de l’or, je n’en ai pas ; mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ le Nazaréen, lève-toi et marche » (Ac 3, 6). Dans nos mots, on pourrait peut-être l’exprimer ainsi : « Ce que j’ai, c’est du temps, de la compassion, d’une présence chaleureuse pour te soutenir. Je suis avec toi. Avec Jésus, lève-toi, avançons ensemble. »

Un avenir est possible

J’ai la ferme conviction qu’un avenir est possible même s’il s’annonce probablement bien différent de celui que nous pouvions imaginer comme population du Saguenay-Lac-Saint-Jean, et aussi comme Église. À l’exemple de nos ancêtres qui ont su affronter l’impossible, nous sommes invités à ne pas nous laisser abattre ni verser dans le découragement et le manque d’espérance. Rappelons-nous comment ceux et celles qui nous ont précédés dans notre région ont su faire face à de multiples problèmes et relever de nombreux défis pour faire de cette contrée hostile un royaume où il fait bon vivre. Ils ont favorisé la naissance d’une Église au service de la région. Une Présence, une force animaient ces femmes et ces hommes qui devaient faire face à l’adversité. Ils s’engageaient à faire advenir ce qui n’existait pas, mais qui était prometteur. De leurs labeurs, une région exceptionnelle est née, de même que de nombreuses communautés de foi. Ils entrevoyaient cet avenir et savaient comment le réaliser concrètement à partir de ce qu’ils connaissaient déjà. Ce qui n’est pas notre cas aujourd’hui.

Nous devons chercher, écouter, discerner comment annoncer la Bonne Nouvelle et être Église dans un monde en profond changement. « Ensemble, avec force et audace », faisons confiance à l’Esprit et donnons-lui la chance de nous aider à faire advenir un futur qui soit possible et bon pour chacun et chacune de nous, pour notre région et pour nos communautés de foi.

Je compte aussi sur vos prières pour notre région et pour notre Église diocésaine.