Enseignant : une profession !

OPINION / J’ai enseigné pendant 36 ans. J’ai connu les coupes de 20 % et les décrets de 1982 sous René Lévesque. J’aurais pu quitter cette profession des dizaines de fois, mais je suis resté toutes ces années. Vous savez pourquoi ? Parce que j’adorais enseigner et que le plus important pour l’avenir du Québec était assis devant moi.

Oui, j’ai corrigé des heures et des heures ; quand tu enseignes le français, attends-toi de corriger.

Si j’ai des reproches à formuler, je les dirigerais envers mes syndicats. Envers ceux et celles qui ont laissé partir ce qu’on appelait « l’autonomie professionnelle » ; ceux et celles qui nous appelaient les travailleurs et les travailleuses de l’éducation. Ceux et celles qui se sont toujours présentés en victimes.

Mes représentants et négociateurs syndicaux ont fait la démonstration que l’instruction n’était pas importante dans la fameuse lutte pour l’équité salariale. Cette lutte qui a eu pour conséquences d’obliger la présence 32 heures par semaine tout en réduisant à néant la valeur des diplômes et perfectionnements universitaires. Il fallait que nous soyons tous « pareils », ce que j’appelle le nivellement par le bas. Enfin, je reproche au mouvement syndical de toujours avoir refusé l’établissement d’un ordre professionnel, l’évaluation des enseignants et le perfectionnement obligatoire.

La profession d’enseignant a ainsi été réduite à être des travailleurs de l’éducation, tout comme ce travailleur qui boulonne toujours la même pièce sur une chaîne de montage. Soyons clairs: je ne méprise en rien le travail d’usine. J’ai toujours eu du respect pour ceux qui exercent une tâche que je n’aurais pas accepté de faire. J’ai travaillé pendant 10 ans dans des ateliers mécaniques pour payer mes études. Je connais l’odeur de l’huile, de la soudure et de la sueur.

À celles et ceux qui auraient le goût de me juger ou de me critiquer, je vous suggère de rechercher un de mes anciens élèves et de lui demander : « Comment c’était dans la classe de M. Gervais ? »

Enfin, l’abolition du volet « électif » des commissions scolaires m’apparaît comme le début d’une vraie réforme, celle qui conduira à avoir comme cible première le service à l’élève, car c’est ça être professionnel.

Gervais Villeneuve

Enseignant retraité

Chicoutimi

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LOI SUR LA SST : ARGUMENTS TENDANCIEUX DU PATRONAT

Mardi, le Conseil du patronat, la Fédération des chambres de commerce du Québec et la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante ont, dans une lettre ouverte, plaidé pour la modernisation de la Loi sur la santé et la sécurité du travail. Pour une rare fois, nous sommes d’accord avec le patronat, mais pas pour les mêmes raisons. Ça fait 40 ans que la FTQ demande aux gouvernements qui se sont succédé de mieux protéger les travailleurs et travailleuses avec, entre autres, des représentants en prévention dans tous les milieux de travail, ce à quoi s’oppose en passant le patronat.

Dans leur lettre ouverte, les associations patronales se plaignent des réclamations en surdité acceptées et des coûts qui y sont associés, qui en 2018 ont été deux fois plus nombreuses au Québec qu’en Ontario. Cependant, elles oublient de dire que la norme d’exposition maximale au bruit est de 90 décibels (dba) au Québec et de 85 en Ontario. Les patrons du Québec font des choix d’économie de bout de chandelle en refusant d’ajouter des dispositifs antibruit sur leurs machines. Donc le Québec produit des sourds parce que le patronat ne réduit pas le bruit à la source.

Les patrons se plaignent également de la paperasse que nos médecins doivent remplir pour le suivi des cas de santé et sécurité du travail. Une fois de plus, ils passent sous silence qu’en 2018, 71 % des contestations au Bureau d’évaluation médical provenaient des employeurs, qui sont donc les premiers responsables des délais de traitement qui mène à l’accumulation de la paperasse à remplir.

Ce que refuse de comprendre le patronat, c’est que plus il y a de prévention, moins il y a d’accidents du travail et de maladies professionnelles.

Au lieu de s’apitoyer constamment sur son sort sans rien proposer de constructif, le patronat devrait se concerter pour faire en sorte que nos travailleurs et travailleuses puissent pratiquer leur métier en toute sécurité et sans craindre d’être victimes d’accident de travail ou de maladie professionnelle. Pourtant, les patrons ne sont pas sans savoir que chaque dollar investi en prévention permet d’économiser jusqu’à 10 $ en indemnisation, en réadaptation et en perte de productivité.

La FTQ attend avec impatience le projet de loi sur la modernisation de la Loi sur la santé et la sécurité du travail que le ministre Jean Boulet a promis de déposer. L’an dernier, ce sont plus de 100 000 travailleurs et travailleuses qui ont subi une lésion professionnelle. Et chaque année, ce sont plus de 200 travailleurs et travailleuses qui décèdent, victimes d’accident du travail ou de maladie professionnelle. Ça ne peut plus être toléré, il faut que ça cesse ! Comme le dit si bien le patronat dans sa lettre, « nous méritons un régime plus efficace et plus responsable ».

Daniel Boyer

Président de la FTQ