Elle est où la science, elle est où ?

OPINIONS / Lundi soir, à la recherche d’une passionnante activité pour égayer ma soirée, je me suis installé devant le débat des chefs, en anglais s’il vous plaît. Oui, je sais, la société actuelle éprouve un grand cynisme face à la politique, mais pour moi il s’agit d’un exercice intéressant.

Cette année encore, je fais partie de la notoire catégorie des indécis. Je suis donc à la recherche d’éléments qui me permettront de décider qui méritera mon vote.

En tant que scientifique, je dois vous l’avouer, je suis particulièrement sensible aux éléments qui touchent la recherche scientifique. Hier soir, déception, je suis clairement resté sur mon appétit. En effet, à l’exception d’une ou deux utilisations sans impact, les mots « science » ou « recherche » n’ont même pas fait d’apparition dans le discours des chefs. C’était également le cas il y a une semaine lors du face-à-face présenté en français. 

C’est donc armé d’une étrange motivation que je suis allé lire le programme de chacun des partis pour comprendre leurs intentions vis-à-vis la recherche scientifique. Quelle déception ! Au niveau des trois parties plausibles pour former un gouvernement au lendemain des élections, aucun ne présente une section sur la recherche scientifique. 

Le Parti libéral du Canada se contente de quelques actions ponctuelles pour aider certains domaines bien précis de la recherche, notamment les cancers pédiatriques. Le Nouveau parti démocratique, en des phrases un peu vides de sens, s’engage simplement à consolider le domaine de la recherche. 

En ce qui concerne le Parti conservateur du Canada, j’ai découvert que leur plateforme électorale n’est même pas encore publiée, alors il est impossible pour moi de connaître leur point de vue sur la recherche scientifique. Des cinq partis majeurs, le seul qui présente une section sur la recherche scientifique est le Parti vert du Canada. Dans sa plateforme, il est explicitement présenté que le parti s’engage à augmenter les fonds disponibles pour le financement de la recherche scientifique. 

Le Bloc Québécois prend également des engagements similaires, sans les mettre en promesse. J’en viens donc à la conclusion, pauvre de moi, qu’à l’issue des élections 2019, ce n’est pas la recherche scientifique qui va en sortir gagnante. J’en viens donc à la conclusion que pour les politiciens d’aujourd’hui, il est plus important de parler de maquillage et « du gros cash » plutôt que d’encourager un domaine qui peut largement influencer la vie des gens.

Pourquoi ? Il est facile de penser que d’encourager la recherche scientifique n’est pas la priorité des politiciens. La recherche, c’est long, ça prend du temps, ça « brette », et ça ne donne pas toujours les résultats escomptés. Saviez-vous qu’entre une découverte et la mise en marche d’un médicament lié à cette découverte, il peut s’écouler entre 20 et 25 ans ? Rien pour satisfaire nos politiciens qui seront en quête de réélection dans 4 ans. Et pourtant, la recherche scientifique a un besoin criant de financement ! Entre 2000 et 2015, le taux de succès pour les projets en recherche médicale est passé de 33 % à 13 %.

J’entends les plus critiques d’entre vous me demander « Ben justement, ça sert à quoi la recherche scientifique ? On dépense beaucoup d’argent et on n’en voit pas les retombées ! Écœuré de… chercher ! » En guide de réponse, permettez-moi de vous présenter ces trois faits. Entre 2000 et 2020, le taux de mortalité lié au VIH a diminué de plus de 50 %, et ça, pas juste dans les pays « riches ». Entre 1992 et 2006, le taux de survie des patients atteints de leucémie a bondi de près de 20 %. Et finalement, entre 1820 et 2015, la proportion de la population vivant en état de « pauvreté extrême » est passée de 88 % à 15 %. Wow !

Il ne faut pas s’arrêter là ! Tant qu’il restera un humain atteint du VIH, de leucémie ou de pauvreté extrême, il est essentiel d’augmenter le financement consacré à la recherche scientifique. En 2019, les Instituts pour la Recherche en Santé du Canada avaient un budget cumulé d’environ un milliard de dollars. Pour les États-Unis, l’organisme correspondant était doté d’un budget de 39 milliards de dollars. Ajusté pour la population totale, on peut conclure que les États-Unis dépensent presque cinq fois plus pour la recherche scientifique que le Canada.

La prochaine fois qu’un politicien sollicitera votre appui en vous demandant « ce qui est important pour vous », je vous mets au défi de lui serrer la main et de lui répondre : « Être en santé pour plus longtemps que 4 ans ! »

Simon Girard

Professeur en génétique

Université du Québec à Chicoutimi