Élections britanniques: une victoire écossaise

OPINION / Détenteur d'une maîtrise en histoire de l'Université de Sherbrooke, l'auteur a vécu en Écosse en 2014-2015 et a pris part au référendum sur l'indépendance
Au cours d'un entretien que j'ai eu il y a quelques années avec un illustre stratège du Parti conservateur britannique, celui-ci y est allé d'une observation étonnante. Selon sa lecture, sa famille politique aurait la faveur des urnes pour de nombreuses années si l'Écosse se séparait, puisque cette région de la Grande-Bretagne n'élisait pratiquement aucun Tory depuis des lustres et pouvait assurer la victoire aux travaillistes.
Jeudi dernier, ce sont 13 conservateurs écossais - en plus, potentiellement, des 10 parlementaires du Parti unioniste démocrate (DUP) d'Irlande du Nord - qui ont été élus à Westminster et qui permettront vraisemblablement à Theresa May de ne pas devoir appeler les déménageurs pour quitter le 10 Downing Street.
L'excellent score des conservateurs au pays des Pictes n'est en rien redevable à Theresa May ou à ses gourous de campagne. C'est même plutôt le contraire, puisque les conservateurs écossais ont décidé de jeter au panier le plan de match établi à Londres. Très bien joué.
J'ai pris part au référendum sur l'indépendance en septembre 2014. L'une des figures les plus actives dans le camp du « non » était la jeune (38 ans) et charismatique chef conservatrice Ruth Davidson. 
Alors que le premier ministre conservateur David Cameron limitait les apparitions en territoire écossais pour ne pas plomber les chances de son camp, en raison de son impopularité, Ruth Davidson avalait les kilomètres en carburant au Coke diète. 
Même ceux qui ne partageaient pas ses opinions lui reconnaissaient la grande qualité de représenter un vent de fraîcheur pour une formation politique dont la seule évocation du nom suffisait à susciter l'indifférence ou la réprobation (Margaret Thatcher n'a pas beaucoup d'admirateurs au pays du whisky). 
C'est ainsi qu'aux élections écossaises du 5 mai 2016, elle réussissait le tour de force de dépasser les travaillistes pour former l'opposition officielle face au gouvernement souverainiste du SNP.
Aussi fédéraliste - nous devrions ici plutôt dire unioniste - qu'elle soit, Ruth Davidson marque aisément la différence des bleus écossais avec ceux de Londres. 
Sur la question du Brexit, par exemple, son approche est beaucoup plus souple que celle des conservateurs anglais. Après tout, les Écossais se sont opposés au départ de leur pays de l'Union européenne le 23 juin 2016. À d'autres niveaux également, elle ne se gêne pas pour marquer une différence.
Affable, fièrement homosexuelle, brillante dans les débats et les interventions médiatiques, Ruth Davidson est pour ainsi dire le contraire d'une Theresa May refusant de débattre et visiblement au-dessus de ses affaires tant elle était convaincue d'être portée par une vague bleue la semaine dernière. La vague s'est cependant brisée sur les récifs d'un électorat réticent à son endroit.
Difficile de prédire l'avenir politique de Theresa May. Femme déterminée et fonceuse - sa décision d'appeler les Britanniques aux urnes deux ans seulement après le dernier scrutin est bien là pour en attester - la première ministre britannique n'est pas du genre à plier bagage facilement devant l'adversité. Elle vendra donc sa peau très chèrement à ses adversaires en chambre, mais aussi à l'intérieur de son parti.
Même s'ils ont perdu leur pari, les stratèges conservateurs doivent le soulagement d'un retour sur les banquettes gouvernementales à une politicienne écossaise qui incarne un conservatisme souriant, rassembleur et nettement progressiste sur le plan social. 
Le temps où les Tories anglais pouvaient vaquer à la direction du pays sans trop se soucier de leurs collègues du nord semble donc maintenant révolu.
Les barons conservateurs auront désormais tout intérêt à s'inspirer de Ruth Davidson et à ne surtout pas l'ignorer.
Marc Nadeau, Sherbrooke
Shame on you !
Scandaleux ce repas gargantuesque de multimilliardaires sur la rue Peel, samedi soir dernier.
Scandaleuse la volonté de ces richissimes de faire connaître ce repas indécent aux vues de tout le monde.
Très questionnable la décision d'y accorder tant d'espace (pleine page 2 du Journal de Montréal de dimanche) avec le titre ronflant : « Ils font venir un célèbre chef de France pour un seul repas ».
Ce triste fait divers, insignifiant en lui-même, est diffusé au lendemain de l'annonce d'un important engagement financier des trois paliers de gouvernement (Montréal, Québec et Ottawa) pour maintenir à Montréal ce Grand Prix de F1 et « ces importantes retombées économiques ». Pour qui ?
Et cette somme considérable, c'est de l'argent du peuple ordinaire qui ne peut pas se payer une entrée autour de la piste et dont plusieurs membres n'arrivent même pas à obtenir 15 dollars l'heure, « parce que ça nuirait à l'économie du Québec ».
Normand Breault, Montréal