Éduquer plutôt que fluorer

Depuis toujours, bien des décideurs ont la conviction profonde que nous sommes des incapables et, pour corriger cette lacune, ils choisissent ce qui est bon pour nous et l'appliquent sans distinction. C'est ce qu'on appelle: l'infantilisation.
Motivé par cette certitude qu'il sait ce qui est bon pour nous, voilà que le conseil municipal de Saguenay mandate une élue pour animer une table de discussions sur un sujet contesté depuis plus de 40 ans: la fluoration de l'eau potable. Soyons clairs: je suis contre l'idée de médicamenter l'eau! Même si on me faisait la démonstration sans équivoque que consommer de l'eau fluorée pourrait avoir des avantages sur la qualité de ma dentition, je continue à croire que l'éducation est la solution qu'il faut privilégier.
En février 2010, dans ce débat parfois émotif, le conseil de ville de l'époque avait senti la soupe chaude et s'était éclipsé, considérant sans doute que le prix politique à payer pour fluorer l'eau potable n'en valait pas la peine. Cependant, le mirage de subventions provinciales a probablement ravivé l'ardeur de nos élus. C'est pourquoi, tout comme le jour de la marmotte, le débat sur la pertinence de fluorer l'eau revient périodiquement dans l'actualité.
Si je suis contre l'idée d'ajouter du fluorure à notre eau potable c'est d'abord parce que je considère que je suis la meilleure personne pour décider ce que je dois ingérer ou pas. Laisser à des apprentis sorciers le soin de jouer à l'apothicaire avec mon eau revient à considérer que je suis incapable de comprendre et de choisir. C'est insultant comme attitude. En quoi un échevin ou un maire peuvent-ils prétendre qu'ils ont la réponse à cette question?
Je fais le pari que la solution à notre mieux-être collectif passe par l'information et l'éducation. Peut-être est-ce par déformation professionnelle, mais j'enseigne à des jeunes du secondaire depuis 35 ans et j'ai compris depuis longtemps déjà que le changement passe par la responsabilisation des personnes et surtout par la compréhension des phénomènes. Que les associations qui prônent l'idée de médicamenter l'eau, car c'est bien cela dont il est question, s'impliquent dans la sensibilisation et l'éducation. Qu'ils sortent de leurs cliniques et laboratoires et qu'ils prennent la parole publiquement comme on l'a fait à une autre époque pour instruire les gens sur les dangers de la cigarette par exemple.
La dernière personne qui doit me prescrire un médicament est sans aucun doute un élu municipal; même après avoir récité le bénédicité!
Gervais Villeneuve
Enseignant
Chicoutimi