Écouter les vrais experts

OPINION / En matière de lutte contre les changements climatiques, on nous répète qu’il faut écouter les experts et les scientifiques qui connaissent la question. C’est le message de la jeune Greta Thunberg. Je me considère comme un citoyen bien informé. Et je suis absolument d’accord avec ce message : écoutons les experts. Mais j’ajouterais: écoutons les experts qui sont de vrais experts des enjeux qu’ils commentent et qui les étudient sans chercher à s’en faire du capital médiatique.

Je m’intéresse, depuis le tout début, au projet Énergie Saguenay. Un projet de cette envergure dans ma région? J’ai voulu comprendre. J’ai donc fait mes recherches et suivi attentivement l’évolution du dossier. Mon humble conclusion, celle d’un citoyen qui essaie de prendre un pas de recul et se faire une opinion? Dans ce dossier, les faits et les conclusions des experts qui s’y connaissent en enjeux énergétiques mondiaux et en transition énergétique à l’échelle internationale sont occultés du débat.

Lorsque l’on prend le temps de se documenter, de lire les analyses de l’Agence internationale de l’énergie, d’experts mondiaux des marchés de l’énergie, d’analystes qui se penchent sur ces questions, on découvre que tout n’est ni noir ni blanc. On découvre que même si les énergies renouvelables sont heureusement en progression dans le monde, le charbon et le pétrole le sont aussi.

On découvre que le gaz naturel est effectivement considéré comme une énergie bien meilleure pour combler des besoins en pleine croissance dans des marchés émergents où la population grandit et souhaite de l’électricité rapidement. On découvre que, oui, selon la grande majorité des experts mondiaux, les bons projets de gaz naturel, ceux qui sont bien faits environnementalement, sont des outils dans la transition énergétique. Donc que le projet de GNL Québec semble, effectivement, « faire bien du bon sens » dans une optique où l’humanité doit poser des gestes à court, moyen et long termes.

Je me suis demandé pourquoi toutes ces nuances cruciales ne transparaissent pas dans le débat au Québec. J’ai bien l’impression que c’est parce qu’elles risqueraient d’ébranler les idées reçues et de faire de moins bons clips média. C’est tellement mieux une guerre entre le noir et le blanc! Surtout en cette époque de médias sociaux polarisés et polarisants… Mais écouter les experts mondiaux en matière de changements climatiques et d’énergie, ça veut justement dire évaluer les nuances de gris.

J’ai pris le temps de chercher les signataires des fameuses lettres ouvertes écrites par les scientifiques du Québec contre GNL, et celle des économistes, que des médias et élus se plaisent à relayer. J’y ai trouvé, malheureusement, bien peu d’experts incontestables de l’énergie et du climat à l’échelle mondiale. Sans doute, ce sont des experts reconnus dans leur domaine. Mais… Si je dois me faire opérer au cerveau, même si j’appelle le meilleur pneumologue du monde, il ne réglera pas mon problème. En tout cas sûrement pas aussi bien.

Quant à la lettre circulaire des profs de l’UQAC (pas celle contre la recherche, l’autre), il semble que ce soit la même chose, les signataires étant inconnus, bien que, sans doute animés de bonne volonté.

Je souhaite que mon message soit entendu : le débat actuel dans le dossier de GNL Québec n’est pas ni ne doit pas être noir ou blanc. La réalité est dans les nuances de gris. Soyons collectivement à la hauteur du débat et des enjeux et laissons tomber les extrêmes. Les Saguenéens et les Jeannois méritent mieux que ça. Quant à moi, je pense donc que si le projet Énergie Saguenay est réellement bien fait environnementalement et socialement, il doit être mis de l’avant.

Christian Tremblay

Saguenay