Douleurs chroniques

OPINION / La semaine dernière, j’ai participé à un sondage pour une recherche universitaire sur les effets de la COVID-19 pour les personnes souffrant de douleurs chroniques. J’avoue que ça faisait du bien de savoir que quelqu’un se préoccupait de nous. Je n’ai vraiment pas eu ce sentiment dans les files d’attente dans lesquelles je me suis risquée.

J’ai pensé attendre dans l’auto, mais il était évident que la ligne s’allongerait et que j’y perdrais ma priorité. J’ai donc pris mon courage et ma canne et je me suis alignée, à deux mètres dans la file. D’abord sur une patte, accotée sur une poutre, un mur, un bac... eh bien non, personne n’a pensé que la station debout venait avec la douleur et que ma canne n’était pas une coquetterie. Je suis entrée à mon tour. Il a fallu faire encore au moins une file à l’intérieur en attendant que tout soit décontaminé. Pas de siège à l’horizon !

La neige est partie... ou presque. Les quadriporteurs commencent à sortir, les déambulateurs et les cannes osent de plus en plus s’aventurer à l’extérieur. D’autres n’auront pas d’orthèses, mais leur hernie discale, l’arthrose ou la fibromyalgie les feront terriblement souffrir durant leur attente pour obtenir les produits dont ils ont eux aussi besoin. Dans la file d’attente, ils sauront que nous ne sommes pas tous égaux devant la COVID-19.

Monica St-Pierre

Saint-Ambroise

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FAITES-MOI UN CLIN D'OEIL ET JE COMPRENDRAI

Cette fameuse consigne du deux mètres en temps de pandémie, recommandée par la Santé publique afin de freiner la transmission du coronavirus, ne semble pas encore être tout à fait comprise, acceptée et pratiquée. J’ai vécu trois situations cette semaine à cet égard et bien d’autres dont j’ai été témoin depuis le confinement, assez pour avoir le goût de vous partager une de celles-ci.

J’ai toujours accueilli avec gratitude les gens qui, dans les lieux publics, engagent un pas vers moi pour me féliciter, me parler de Loge m’entraide. Mais en temps de pandémie, pour éviter un risque mutuel de transmission du virus, à la limite, ne venez plus me féliciter de près ! Faites-moi plutôt un clin d’oeil de loin et je comprendrai ce que cela veut dire !

J’exagère à peine avec ce souhait amical. Je m’explique. Quelle ne fut pas ma surprise, lorsqu’assise dans une salle d’attente, une personne s’avance devant moi, se penche de tout son corps, approche son visage à 20 pouces du mien et enclenche une jasette. Ma bulle de protection venait de crever, mettant mon corps sans défense à risque d’une contagion. Estomaquée, ma seule réponse a été de lui demander de bien vouloir garder une distance de deux mètres. Elle a aussitôt rebroussé chemin, fort heureusement, mais le mal était quand même fait, si ce n’est que d’être restée craintive plusieurs jours d’avoir peut-être attrapé le virus suivant ce face à face impromptu.

Cette expérience m’a marquée, questionnée sur le sens du respect. J’ai été déçue par le comportement de cette personne, qui n’a sûrement pas voulu mal faire et je l’en excuse d’ailleurs. Mais encore faut-il et faudra-t-il encore longtemps le rappeler que nous sommes dans une pandémie et que le deux mètres de distanciation sociale n’est pas une consigne anodine. Nous amorçons un déconfinement, graduel, certes, mais ce virus qui peut être mortel, ce même virus qui circulait en mars, circule encore aujourd’hui et circulera encore demain, tant que nous n’aurons pas trouvé le vaccin pour nous en immuniser.

Le Petit Larousse définit le respect par un « sentiment qui porte à traiter quelqu’un ou quelque chose avec de grands égards, à ne pas porter atteinte à... ». Pendant cette pandémie, nous avons, je crois, comme être humain vivant en société, à expérimenter de façon plus aguerrie cette grande valeur qu’est le respect. Le respect envers soi (se protéger pour ne pas attraper le virus) et le respect envers autrui (protéger les autres pour ne pas leur transmettre le virus). Toute personne humaine a droit au respect et j’ajouterais même quand vient le temps de lui offrir nos plus beaux compliments...

Sonia Côté

Coordonnatrice de Loge m’entraide