Donner un tip et dire merci

OPINION / Un ami me disait dernièrement qu’il était sur le marché du travail depuis plus de 25 ans et qu’il n’avait jamais reçu un sou de pourboire, lui. Je lui ai alors demandé pourquoi il me tenait de tels propos, sachant très bien justement qu’il n’a jamais été un travailleur salarié à pourboires.

Alors il me dit : « Connais-tu la chanson de Robert Charlebois, Fais-toi z’en pas, dont les paroles sont de Réjean Ducharme ? Il y a un passage qui va ainsi : “Laisser un tip et dire merci/Fais-toi z’en pas tout l’monde fait ça”. »

Puis, il enchaîna en me disant qu’en une seule journée, il avait donné près de 15 $ en pourboire à des employés, dans deux restaurants, un café et un bar. Et personne ne l’avait remercié en plus. Il était plutôt découragé de cet état de fait. Je lui répondis qu’effectivement, c’était un peu troublant juste d’y penser. Et que j’étais ce qu’on appelle, moi aussi, un citoyen donneur de pourboire. Et que je remarquais assez souvent qu’on ne me remerciait pas, moi non plus, mais que c’est moi qui disais merci.

Alors, on est en droit de se demander si on a assez donné.

Donner 15 % du montant indiqué sur la facture, ce n’est plus suffisant.

Donner 2 $ en pourboire sur une facture de 10 $ pour un repas servi au restaurant semble être insuffisant, lui dis-je. Faut pas oublier que le salaire minimum des personnes à pourboire au Québec est fixé à 10,05 $ l’heure. Travailler à pourboire prend alors tout son sens.

L’autre jour, j’ai pris un café dans un resto qui revenait à 3 $. J’ai laissé 1,25 $ en pourboire à la serveuse.

Elle m’a fait un grand sourire et m’a dit un gros merci. En fait, si j’avais laissé l’équivalent du 15 % minimum recommandé, je ne lui aurais donné que 45 cents. Elle ne l’aurait pas trouvé drôle et elle ne m’aurait certainement pas remercié. En fait, il y a eu un service d’effectué par ladite employée, exécuté avec entrain et bonne humeur.

Son travail a été fait de façon professionnelle, même s’il ne s’agissait que de servir un café, qu’elle a du reste pris soin de réchauffer.

Alors, je dis à mon ami : « De deux choses l’une : soit que si on n’a pas les moyens de sortir en ville ni d’aller au restaurant et de laisser un bon pourboire, eh bien, on reste à la maison ; soit que si on travaille comme serveur dans un restaurant et qu’on trouve que ce n’est pas assez payant et que les clients ne donnent pas assez de bons pourboires, eh bien, on change d’emploi, un point c’est tout. Alors, plus personne n’aura besoin de remercier qui que ce soit pour un service offert ou pour un service rendu. » C’est un bien triste constat, mais c’est ainsi.

Mon ami m’a alors répondu : « Écoute, il y a là matière à réflexion, en effet, et je t’invite à aller boire un verre en ville et surtout, je ne manquerai pas de laisser, encore une fois, un bon pourboire ; c’est le cas de le dire. »

Yvan Giguère

Saguenay

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LE GALA DES OLIVIER

Le gala Les Olivier de dimanche dernier nous a permis de découvrir bon nombre d’humoristes de talent qui font partie de la relève. J’utilise le mot relève tout en étant conscient que plusieurs sont dans le métier depuis plusieurs années. Je ne suis pas inquiet de l’avenir de l’humour, car avec ces nouvelles têtes qui cognent à la porte du vedettariat, nul doute que l’humour continuera de faire courir les foules.

Si je dis que l’humour se porte bien, la langue, quant à elle, ne se porte pas très bien. Je suis déçu de constater l’utilisation continuelle et publique du mot anglais fuck et de ses dérivés (fuckin). Est-ce que nous avons besoin d’insérer dans notre langue ce mot anglais ? Qu’est-ce que cela ajoute ? Idem pour l’emploi des mots d’église.

Si on combine les deux, on obtient Fuck you, hostie ! – entendu lors du gala !

Je passe sous silence les propos scatologiques qui semblent encore faire rire ainsi que les expressions en anglais, comme by the way…

Nos humoristes ont notre langue comme outil de travail et à ce titre, ils deviennent des modèles linguistiques. C’est à eux de choisir d’aller vers le haut ou vers le bas.

Pierre Lincourt

Association pour le soutien et l’usage de la langue française