Donner du «love»

OPINION / On a entendu au début du gala Artis les deux jeunes animateurs dire : « On vous donne du “love” ».

Sommes-nous en train d’aliéner notre langue ? Un peu plus tous les jours, et ce, dans l’indifférence la plus totale ?

Donner du « love » ? Est-ce que cette expression ajoute quelque chose à la langue ? Est-ce que le mot « amour » ne pourrait pas donner le même sens que le mot anglais « love » ?

Sommes-nous collectivement aliénés ?

D’aucuns pourraient dire que ce n’est pas grave parce que TVA, qui diffusait le gala, ne se préoccupe guère de la langue. D’autres diront que ce phénomène de mots anglais apparaissant dans notre langue n’est pas nouveau et qu’il fait partie du processus de développement. Il y en a aussi qui diront que parler français avec des mots anglais fait « cool » et « jeune » et que la langue doit suivre le courant.

Avons-nous perdu notre fierté de parler notre langue ? Ironiquement, nous essayons, mais sans nous entendre nous-mêmes, d’imposer aux nouveaux arrivants un mode d’emploi pour s’intégrer à notre nation et en même temps, nous exigeons qu’ils apprennent notre langue que nous abandonnons un peu chaque jour.

Suis-je le seul à m’inquiéter ?

Pierre Lincourt

Chicoutimi

À quand un véritable soutien aux salles de cinéma ?

OPINION / Le plus récent budget du ministère des Finances du Québec prévoit un investissement accru dans le domaine de la culture. Il s’agit d’une bonne nouvelle pour un grand nombre d’acteurs impliqués dans le milieu.

Toutefois, à l’heure où des changements profonds modifient l’ensemble de l’écosystème de diffusion de la culture, la diffusion du cinéma québécois ne figure clairement pas dans les priorités. Force est d’admettre que les salles de cinéma ne bénéficient d’aucun soutien financier de la part du gouvernement, qui apporte pourtant son aide à d’autres secteurs dans le domaine. Il est possible d’affirmer que le financement s’applique à toute la chaîne de création des films, mais s’arrête à leur diffusion. Plutôt incongru, vous ne croyez pas ?

Contrairement à ce que plusieurs peuvent croire, les salles de cinéma ne sont pas que des lieux pour engloutir du maïs soufflé tout en jouant aux arcades. En plus de constituer des créateurs de milliers d’emplois et tout spécialement pour nos jeunes, les salles représentent la rampe de lancement des films, ce qui permet de générer l’intérêt du public et l’exploitation des films sur toutes les autres plateformes, aujourd’hui incontournables. Les salles de cinéma représentent également, dans de nombreuses régions du Québec, des lieux culturels uniques favorisant les rencontres entre cinéphiles.

Le gouvernement affirme vouloir rendre la culture plus accessible et on s’en réjouit. La question suivante se pose toutefois : comment peut-on contribuer au succès et au rayonnement de notre cinéma si le domaine de la diffusion n’est pas reconnu et soutenu ? L’avenir de l’industrie du cinéma au Québec en dépend pourtant.

À titre de président de la Corporation des salles de cinéma du Québec (CSCQ), qui représente 75 % du box-office au Québec, j’espère fortement que la nouvelle politique culturelle du Québec, attendue prochainement, répondra véritablement aux besoins spécifiques du secteur de la diffusion cinématographique en salle.

Notre cinéma mérite des salles en santé et toujours à la page des plus récentes avancées. Depuis la dématérialisation de notre médium, les salles de cinéma sont devenues des lieux, notamment en région, où autant d’œuvres et d’artistes peuvent partager leur passion et s’éveiller à la cinématographie locale.

De plus, la CSCQ se questionne sur la façon dont seront distribués les fonds inclus dans l’enveloppe de 60 millions de dollars remise à la SODEC, plus spécifiquement quels seront les critères d’admissibilité et les conditions. Est-ce que les salles de cinéma seront prises en compte ? Des solutions seront-elles proposées pour venir concrètement en aide aux salles présentes à travers la province ? La transformation technologique des salles fera-t-elle partie des priorités ?

Un autre enjeu nous apparaît majeur, soit la loi québécoise non écrite qui prescrit présentement une fenêtre de 100 jours d’exclusivité de diffusion en salle, mais qui est de moins en moins respectée. Nous croyons que la politique culturelle a le pouvoir de changer les choses pour le mieux, par exemple en s’inspirant de la France et en adoptant une loi de 90 jours d’exclusivité sur grand écran. Cela aurait des répercussions très positives sur la vitalité de notre cinématographie locale.

Cette nouvelle politique culturelle du Québec arrive donc à point. Nos attentes sont élevées dans un contexte où l’avenir du cinéma en salle et le succès des films d’ici sont constamment remis en question. Espérons que cette politique soit l’occasion rêvée de valoriser la diffusion de notre cinéma, qui contribue activement au rayonnement de la culture québécoise.

Éric Bouchard, président

Corporation des salles de cinéma du Québec