Données personnelles : c’est déjà foutu

La catastrophe survenue chez Desjardins concernant les données personnelles fâche bien des gens. La chose se comprend aisément. Je ne peux cependant m’empêcher de penser qu’il y a là un bouc émissaire idéal : il est proche, on le connaît bien, il fait pratiquement partie de la famille.

Or, plusieurs des mêmes personnes outrées iront refiler leurs données à un magasin qui offre un rabais alléchant en échange d’un abonnement, à un site Web qui vend un t-shirt cool ou encore à une application qui les fait vieillir, fut-elle tenue par un anonyme russe parfaitement inatteignable.

Sont-ils tous bêtes ? Non. Ils sont la preuve que c’est désormais banal, divulguer ses données personnelles. On ne se rend plus compte, à force de passer son temps à les refiler, à droite et à gauche. Alors, un de plus, qu’est-ce que ça peut bien faire ?

Après tout, le gouvernement fédéral les possède, idem pour le gouvernement du Québec, pour la Ville, l’université, l’école des petits, la banque, la caisse, le fournisseur Internet, Bell, Hydro, Costco, l’hôpital, le CLSC, la librairie, le garage, etc. Alors, un de plus ?

Ainsi, sans s’en rendre nécessairement compte, les gens ont capitulé. Ils ont l’impression que ce n’est déjà plus un secret pour personne. Et puis, s’il fallait qu’on les vole, ils savent que les banques sont assurées et rembourseront les pertes.

Bref, il n’y a pas vraiment de panique et il n’y en aura probablement pas. C’est déjà foutu. On peut bien frapper Desjardins de toute sa déception, mais le fait est que les données ne sont plus tellement personnelles. À plus forte raison quand on sait que la Toile est ainsi faite : tout est relié, tout est interconnecté, tout circule.

Évidemment, cette impression de résignation n’est pas l’attitude idéale à adopter. Elle se comprend, mais ne s’excuse pas. Il est temps de resserrer les mailles du filet et d’exiger plus de sérieux de la part de ceux qui détiennent nos données personnelles, comme il est temps d’exiger plus de sérieux de soi-même.

Si au moins la catastrophe de Desjardins pouvait servir à ça...

Cathy Tétreault

Directrice générale Centre Cyber-aide

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FAIRE DE LA POLITIQUE COMME AVANT

Bien que tout jeune, le gouvernement caquiste qui dirige le Québec voit clairement où se situe son intérêt et sait comment s’y prendre pour conserver le pouvoir, longtemps. Très longtemps, même.

Les taxes scolaires ont baissé de 26 % cette année, nous apprend la journaliste du Quotidien Mélanie Côté. Et ce, bien sûr, à la très grande satisfaction des électeurs, dont beaucoup sont caquistes. Mais ces derniers se demandent-ils où François Legault prendra l’argent pour combler le manque à gagner des commissions scolaires (CS) ? Ce serait surprenant, compte tenu de l’individualisme prégnant qu’encourage l’idéologie néolibérale des gouvernements.

Cependant, pour continuer à financer des services aux élèves tels le transport scolaire, l’entretien et la gestion des immeubles, notamment, il faudra bien trouver, ailleurs, l’argent nécessaire. Et c’est là qu’entre en jeu le gousset de l’utilisateur payeur : le parent d’enfant d’âge scolaire.

Les CS, depuis des années, gèrent les coupures, entre autres, en pelletant leur manque à gagner dans la cour des parents. Le chemin déjà bien tracé, elles vont poursuivre dans cette voie de facilité.

Au-dessus de la mêlée, pour consolider son pouvoir, la Coalition avenir Québec (CAQ) a fait le calcul politique que les électeurs propriétaires délestés d’une partie de la taxe scolaire au détriment des usagers, comme les locataires avec enfant, leur seront acquis en 2022. Ils sont nombreux. C’est visible comme un nez au milieu de la face pour qui suit quelque peu ce qui se passe sur la scène politique québécoise.

La CAQ, on s’en convaincra à un moment donné, est un parti de droite néolibéral, qui ne sera pas pour encore longtemps en mode générosité. Quand le pactole laissé en pâture par le gouvernement d’avant sera dépensé, on verra bien de quoi est capable un gouvernement bien décidé à démanteler, au profit du privé, l’architecture publique de plus en plus fragile de nos programmes sociaux. Ainsi que des sociétés publiques, comme celle des alcools, qui font saliver l’entreprise privée.

Marcel Lapointe

Jonquière