Dominique Anglade et GNL Québec

Chère Dominique Anglade, chef du Parti libéral du Québec,

Vous avez mis du temps à faire connaître votre position sur le controversé projet Énergie Saguenay de GNL Québec. Certains en ont profité pour vous prêter des intentions correspondant à leurs intérêts. Cela risque de continuer, car une ambiguïté persiste.

En novembre dernier, vous aviez souscrit à la proposition de la Commission jeunesse de votre parti visant à faire de la protection de l’environnement une priorité. Votre engagement marquait un changement par rapport à la mollesse traditionnelle des libéraux sur cet enjeu.

Or, au lendemain d’une visioconférence organisée le 5 mai par la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay-Le Fjord à laquelle vous participiez en compagnie de deux collègues, Le Quotidien publiait un compte rendu intitulé : «Dominique Anglade appuie les grands projets en vue de la relance économique».

Pourtant, aucun participant à cette conférence n’avait mentionné l’un ou l’autre des grands projets en question dans la région, soit Métaux BlackRock, le troisième port à l’usage de la minière Arianne Phosphate et Énergie Saguenay – dont le processus d’évaluation environnementale n’est pas complété. Des éclaircissements s’imposaient.

Le 13 mai, un article dans Le Devoir remettait les pendules à l’heure de l’urgence climatique : «Dominique Anglade n’appuie pas GNL Québec.» Vous y rappeliez, Madame, l’importance que vous accordez à l’environnement en renouvelant votre adhésion à la demande des jeunes libéraux à l’effet que leur prochain gouvernement mette fin aux investissements et aux subventions dans les hydrocarbures.

Le Quotidien est revenu à la charge une semaine plus tard avec un article au titre réducteur: « Dominique Anglade favorable à GNL Québec, si le projet est carboneutre ». Le premier paragraphe, souligné en gras (NDLR: le premier paragraphe d'un texte est toujours en gras), reprend la même information en précisant l’échéance prévue pour l’atteinte de cette carboneutralité, soit l’an 2050. Est-ce vraiment votre unique condition ?

Il faut poursuivre la lecture pour prendre connaissance de votre déclaration intégrale : « Je suis pour le développement de grands projets dans les régions, s’ils s’inscrivent dans la logique du développement durable et conditionnellement au respect du principe de carboneutralité. »

En tant qu’ex-ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation, vous n’avez sûrement pas inclus le critère du développement durable à la légère.

Vous savez que 85 % des puits d’extraction du gaz naturel de l’Ouest canadien, au cœur du projet Énergie Saguenay, utiliseraient la fracturation hydraulique, un procédé qui détériore les sols, contamine la nappe phréatique et génère des fuites de méthane réputées aussi polluantes que le charbon même après la fermeture des puits.

Le gazoduc de 782 km avec un corridor de dégagement de 30 mètres de large qui partirait du nord-est de l’Ontario jusqu’au Saguenay en passant par la Mauricie et l’Abitibi, traverserait des cours d’eau, des milieux humides et autres zones de préservation abritant des espèces aquatiques et animales fragiles.

L’usine de liquéfaction pourrait, elle seule, devenir carboneutre, mais uniquement grâce à l’apport de notre hydroélectricité vendue au rabais.

L’augmentation du bruit causé par l’aller-retour des méthaniers nécessaires à l’exportation des 11 millions de tonnes annuelles de GNL affecterait considérablement les mammifères marins déjà en péril dans le fjord et le fleuve Saint-Laurent. Notre secteur récréotouristique en pâtirait également pour des décennies à venir.

Tout ça pour écouler à l’étranger un combustible fossile dont l’utilité en tant qu’énergie de transition est contestée par une majorité de scientifiques dignes de foi, et pour lequel aucune pénurie n’est anticipée sur les marchés internationaux!

Énergie Saguenay est en fait le parfait exemple d’un projet qui va à l’encontre du développement durable sur le plan environnemental, tel que défini par le gouvernement du Québec : « Protéger les ressources naturelles, la vie terrestre, la vie aquatique pour le bien des générations futures. »

Je souhaite que le PLQ sous votre direction éclairée, Mme Anglade, joigne officiellement sa voix à celle des deux autres partis d’opposition à l’Assemblée nationale afin de persuader les caquistes de dire NON à GNL Québec.

Clément Fontaine

Chicoutimi