Discrimination raciale, mais aussi linguistique

OPINION / D’entrée de jeu, je tiens à spécifier que j’applaudis haut et fort les manifestations anti-raciales qui se sont déroulées dimanche à Montréal, Québec et ailleurs sur notre grand territoire. Noble cause s’il en est une. Plusieurs autres manifestations se sont tenues dans plusieurs villes de la planète. Fort bien! Mais l’objet de mon propos ici s’attarde à un détail – et non le moindre à mes yeux –, soit l’anglicisation presque unilatérale de la manifestation de Québec. À Montréal aussi, mais évoquons ici Québec.

Alors, les manifestants tenaient à bout de bras des pancartes avec des messages écrits en anglais, à quelques rares exceptions. Que ce soit à la télévision dimanche ou encore dans les journaux de lundi matin, sur lesdites affiches on pouvait lire entre autres « We won’t be silence », « I can’t breath », « Black Lives Matter » et plusieurs autres messages « in english ». Belles missives, certes, mais écrites en anglais. Tellement qu’en regardant une photo dans un journal, j’étais certain que la scène se déroulait aux États-Unis ou en Angleterre. Mais non, cela a bel et bien eu lieu à Québec, ville de l’accent francophone en terre française d’Amérique. Serait-ce que, même dans nos élans de compassion et de dénonciations, nous manquions à ce point de fierté et d’appartenance ?

Voulait-on envoyer un message, pour bien se faire comprendre au reste du monde, en utilisant l’anglais ? Un message clair envoyé à la planète anglophone ? Mais qu’en est-il de la population du Québec majoritairement francophone, elle ?

Le seul message en français que j’ai réussi à dénicher dans le lot était « La diversité fait la force ». Bien dit, mais si minoritaire parmi les autres pancartes en anglais. Je sais bien que la tragédie, la mort de George Floyd, à Minneapolis, a eu lieu aux « USA ». Mais quand même.

Mon argumentation est déviante, inopportune ou hors contexte, me dira-t-on ? Je dirai alors ceci : quand on prend la parole dans la rue, pour manifester pour une cause, si nécessaire et si noble soit-elle, il est toujours préférable d’utiliser la langue de ses proches, celle de la majorité. Question de bien se faire comprendre et ainsi de faire montre de respect envers ses semblables, tout en se respectant soi-même.

Yvan Giguère

Saguenay