Le biologiste Jacques Prescott invite les forestiers à poursuivre et à intensifier leurs efforts pour protéger la biodiversité forestière, rappelant nos engagements internationaux, nationaux et provinciaux.

Développement durable et industrie forestière

OPINION / L'auteur de cette lettre d'opinion est le biologiste Jacques Prescott, conseiller expert en diversité et en développement durable, ainsi que professeur associé à la Chaire en éco-conseil de l'UQAC. Ce dernier réplique ainsi à une lettre du professeur Martin-Hugues St-Laurent, de l'Université du Québec à Rimouski, parue dans notre édition du 26 octobre sous le titre « Chambre d'écho et dénialisme ».

Dans une lettre d’opinion publiée par Le Quotidien, le professeur Martin-Hughes St-Laurent, spécialiste du caribou, m’accuse publiquement de me faire l’écho de faussetés et de dénialisme concernant la survie du caribou forestier. J’aurais souhaité que le professeur St-Laurent, dont la qualité des travaux scientifiques ne fait aucun doute, prenne d’abord connaissance du contenu de ma présentation au congrès de l’Association forestière Saguenay–Lac-Saint-Jean (AFSAGLAC) plutôt que de se fier aux seuls propos d’un journaliste à qui je n’ai pas accordé d’entrevue. Il pourra de toute façon l’écouter d’ici peu sur le site de MAtv et sur Internet puisque le tout a été enregistré. Il est dommage que le professeur St-Laurent se fasse lui-même l’écho d’une information sans l’avoir vérifiée.

Je suis un partisan de la protection des espèces en péril et constate comme vous tous la précarité de la situation des caribous.

Déjà en 1978, j’ai inscrit le caribou de la Gaspésie sur la première liste des espèces menacées au Québec et fait produire par l’Association des biologistes du Québec la première étude sur le statut de cette population de caribous. J’ai aussi milité activement pour l’adoption de la loi québécoise sur les espèces menacées et vulnérables, adoptée en 1989.

Dans ma présentation aux membres de l’AFSAGLAC, je n’ai pas nié que le caribou forestier est en situation précaire ou mentionné que les activités forestières n’ont aucun impact sur ces animaux. J’ai simplement dit que la cause de cette situation est difficile à cerner compte tenu des multiples paramètres qui la déterminent. J’ai par exemple mentionné l’épidémie d’anthrax qui afflige les rennes de Sibérie, causée, semble-t-il, par la fonte du pergélisol qui a libéré une bactérie mortelle jusque-là congelée dans le substrat. En science, la certitude absolue est très rare et les faits nouveaux nous amènent à poser de nouvelles questions.

J’ai invité les forestiers à poursuivre et à intensifier leurs efforts pour protéger la biodiversité forestière et rappelé nos engagements internationaux, nationaux et provinciaux à cet égard. Je les ai invités à continuer d’appliquer les principes et les objectifs de la loi québécoise sur les forêts, qui stipule notamment que l’aménagement forestier doit préserver la diversité biologique. Je les ai encouragés en particulier à contribuer à l’établissement d’un réseau d’aires protégées reliées entre elles par des corridors verts. Je les ai invités à renforcer le suivi et l’évaluation des impacts de leurs activités sur les écosystèmes et à investir davantage dans la recherche et développement et dans l’innovation.

Je considère que l’industrie forestière du Québec est l’une des plus écoresponsables dans le monde. Elle doit toutefois poursuivre ses efforts dans une perspective d’amélioration continue pour maintenir son statut d’industrie exemplaire. Dans cette optique, elle doit renforcer son partenariat avec les divers paliers de gouvernement, les collectivités locales, les Premières Nations, les groupes environnementaux et le milieu scientifique.

Plutôt que de nous enfoncer dans des débats conflictuels, voyons ensemble comment nous pouvons assurer le développement durable de l’industrie forestière et la survie des espèces en péril.