Deux par deux, rassemblés

OPINION / En réponse à l’éditorial de Denis Bouchard,

Dans la foulée de votre éditorial du Quotidien du 27 décembre dernier intitulé L’année des grands déchirements, j’aimerais d’abord savoir qui sont les environnementalistes québécois dont vous faites mention en début de texte.

Mis à part Greenpeace, la fondation David Suzuki, le Conseil régional de l’environnement et du développement durable (CREDD) et autres groupes, les 250 000 Québécois et plus ayant signé le Pacte pour la transition énergétique y sont-ils inclus ?

Dans l’affirmative, ça commence à faire du monde à remettre en cause, connaissant vos prises de position antérieures envers les défenseurs de l’environnement.

Depuis le plus récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), cet automne, qui nous met en garde comme jamais auparavant contre les conséquences possibles d’un réchauffement de 1,5 à 2 degrés centigrades, au cours des prochaines décennies, les prises de position visant à nous conscientiser sur l’urgence de mettre fin à l’utilisation des énergies non renouvelables n’ont cessé de paraître.

Entre autres, ce texte paru dans Le Devoir du 27 décembre, Imaginer l’inimaginable, de Christian Rocheleau, qui commence par : « Les mauvaises nouvelles s’accumulent à un rythme effréné. »

Également, dans l’édition du 28 décembre du journal de votre propre employeur, avez-vous pris la peine de lire un article alarmant sur la fonte accélérée des glaciers de l’Ouest canadien ?

Pour vous, ces mises en garde sont-elles des brûlots alarmistes strictement pour faire peur ?

Ce n’est pas parce que cela se déroule à des milliers de kilomètres de chez nous que cela va si bien ici, pour que l’on s’offre le luxe de projets polluants qui sont loin encore de rencontrer l’acceptabilité sociale.

Au cas où vous ne le sauriez pas, nous avons également des glaciers fondants au-dessus de nos têtes, comme une épée de Damoclès. Laisser sous-entendre, comme l’avez fait, que les projets GNL, Métaux BlackRock (MBR) et Arianne Phosphate (AP) devraient obtenir une forme de « dérogation » en rapport avec la lutte au changement climatique, sous prétexte qu’ils incarnent le rêve de tout le Saguenay–Lac-Saint-Jean, constitue de l’aveuglement.

Vous ne voyez pas que ces trois projets sont des vecteurs de la poursuite aveugle d’une croissance économique exponentielle qui nous a conduits, jusqu’ici, à l’urgence climatique que l’on connaît, et que seuls les climatosceptiques nient.

Je ne suis pas sûr qu’une population qui ne dort pas au gaz, bien au fait de tous les tenants et aboutissants de ces projets, les accepterait.

S’ils se concrétisent, ces projets vont défigurer à jamais le fjord du Saguenay; vont contribuer à la hausse des GES et, par là, accélérer le réchauffement climatique ; vont contribuer à dilapider davantage les ressources non renouvelables du pays.

Je crois que les 250 000 Québécois et plus qui ont signé le Pacte pour la transition énergétique en sont conscients.

À Saguenay, ce sont les projets GNLQ, MBR, AP ; dans l’Ouest canadien, c’est le pétrole sale des sables bitumineux et le gaz naturel non conventionnel ; ailleurs, c’est le charbon et le gaz de schiste ; en d’autres endroits, on déforeste à qui mieux mieux ; ailleurs, l’eau monte, et le désert avance ; et ainsi de suite.

Le monde de bonne volonté doit avancer vers le même objectif, soit le bien commun versus les privilèges d’une minorité, sans se regarder comme chiens de faïence, en attendant de voir qui fera le premier pas pour s’engager résolument dans l’économie verte.

Marcel Lapointe,

Jonquière