Deux hommes d'exception

OPINION / Moi, il y a deux personnes qui m’inspirent particulièrement par les temps qui courent à cause de leur générosité, leur sincérité, leur abnégation, leur franc-parler, leur ouverture aux autres. Bref pour les qualités humaines dont ils font preuve.

Chez eux, ce qui m’impressionne avant tout, c’est leur distance peu commune par rapport à l’appât du gain. À l’autre bout du spectre par rapport aux cupides individus qui fraudent l’impôt en cachant leur argent dans des paradis fiscaux.

L’un d’eux, un chirurgien général, n’a pas hésité à quitter un bon moment son emploi très payant, pour prendre le bâton du pèlerin et partir en marchant à la rencontre des jeunes des communautés autochtones éloignées afin de les encourager à persévérer, de leur transmettre un message d’espoir. Il se nomme Stanley Vollant, un Innu de Pessamit, qui a coûté 160 mille dollars à l’État pour ses études de médecine, mais qui a retourné à ce dernier, depuis qu’il professe, 3 à 4 millions. Très rentable pour la société, ce monsieur. N’est-ce pas? Contrairement à lui, trop de bien nantis fraudent l’impôt de différentes manières, ce qui entraîne un appauvrissement du trésor public et un approfondissement des inégalités.

L’autre s’est fait élire député de Chicoutimi-Le Fjord au fédéral, contre toute attente en 2015. Il l’a fait parce qu’il a cru pouvoir se rapprocher suffisamment du peuple pour entreprendre un changement de paradigme entre élus de la base et ceux du sommet politique à Ottawa. Bénévolement, l’homme aura représenté sa circonscription deux années durant à Ottawa en se privant des émoluments liés à la fonction de député. Faut le faire! Ce sont entre 300 et 400 mille dollars qu’il aura ainsi… détournés à l’intention de plus mal pris que lui. Il s’agit, vous l’aurez reconnu, de Denis Lemieux, ex-député et ingénieur à la retraite.

Messieurs, vous avez toute mon admiration.

Marcel Lapointe

Jonquière

Bénévoles : des questions demeurent

OPINION / Tous s’en souviendront : en février dernier, des parents bénévoles, qui avaient pris l’initiative de repeindre les murs défraîchis de l’école de leurs enfants, ont dû stopper les travaux, sous peine de recevoir une amende de la part d’une inspectrice de la Commission de la construction du Québec (CCQ) venue visiter le chantier. À la suite d’une certaine pression populaire et médiatique, le gouvernement du Québec a déposé, à la fin avril, une première version d’un projet de règlement visant à encadrer les travaux bénévoles de construction. (...)

Dans les mois qui ont suivi, plus de soixante groupes ont fait parvenir au gouvernement leurs recommandations afin de mieux encadrer le travail bénévole en construction. Il y a quelques jours, le gouvernement a présenté la version finale du Règlement sur les travaux bénévoles de construction qui entrera en vigueur le 23 novembre prochain. Le gouvernement a choisi de tenir compte de commentaires reçus et a apporté certaines modifications importantes à la version initiale, ce que nous devons souligner positivement. Bien que le Règlement contienne encore des lacunes, des améliorations sont à noter. La liste des travaux bénévoles permis est désormais plus limitée, tandis que la version finale du Règlement oblige désormais la présence sur les chantiers de personnes ayant les cartes de compétence appropriées pour plusieurs types de travaux.

Deux problématiques demeurent avec la version finale. Premièrement, le Règlement ouvre encore tout grand la porte au travail au noir. Comment le gouvernement et la CCQ seront-ils en mesure de s’assurer que le travail effectué par des gens qui se déclarent bénévoles ne soit pas en fait du travail réalisé par des gens payés en dessous de la table? Il aurait été souhaitable que le gouvernement crée un registre du travail bénévole afin de suivre les activités bénévoles. Tous admettront qu’il y aura lieu de se poser de sérieuses questions si un groupe déclare à plusieurs reprises dans l’année qu’il fait du travail bénévole. Or, sans registre, il sera ardu pour les autorités gouvernementales de faire correctement les vérifications et enquêtes qui s’imposent dans ce genre de situation. Alors que le travail au noir est déjà préoccupant dans notre industrie, comme dans plusieurs autres, le choix de ne pas mettre en place un registre est plus que discutable.

Deuxièmement, des exigences plus élevées en matière de santé et sécurité du travail (SST) pour les travaux bénévoles autorisés auraient été de mise. La tenue seule d’une campagne de sensibilisation, comme l’a prévu le gouvernement, nous paraît nettement insuffisante. Les travaux autorisés par le Règlement ne sont pas tous sans risques pour la santé et la sécurité de ceux qui les exécutent. Certains travaux peuvent notamment être exécutés en hauteur. Sur les « vrais » chantiers, les travailleurs de la construction sont formés en matière de SST et des mesures de sécurité adéquates sont mises en place. Parce qu’il y a encore du chemin à faire pour améliorer le bilan des accidents de travail dans l’industrie. Comment alors expliquer le peu d’exigences en matière de SST pour les travaux bénévoles? Impossible pour nous de trouver une réponse logique.

Luc Bélanger

Président-directeur général

Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ)