Deux bulletins au lieu de trois

Le Quotidien
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OPINION / Ce texte fait suite à la décision du ministre Jean-François Roberge de modifier le régime pédagogique en proposant deux bulletins au lieu de trois. Il s’agit d’une excellente décision qui permettra aux enseignants de disposer de leur liberté professionnelle. Par cette décision, on reconnaît aussi que l’enseignant est l’expert principal des apprentissages de l’élève. Par conséquent, cette décision ne signifie pas nécessairement que nos enseignants n’évalueront pas de l’automne. Au contraire, l’évaluation fait partie prenante du quotidien sans que les élèves ne s’en rendent compte.

L’auteure, Nicole Monney, est professeure au département des sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC)

La politique qui encadre l’évaluation des apprentissages au Québec stipule que l’évaluation doit soutenir l’élève dans ses apprentissages durant l’activité pédagogique. 

En d’autres termes, lorsque l’enseignant demande aux élèves de réaliser une activité comme écrire un texte, résoudre un problème de mathématique, suivre un protocole en science ou encore analyser des documents en histoire, il évalue automatiquement la compréhension des élèves. Si l’élève ne comprend pas, il donne une autre explication, il revient sur une notion antérieure, il lui propose de travailler avec un pair, il le renvoie au manuel, etc.

L’enseignant est en mesure de poser un jugement sur les apprentissages de l’élève avant même que l’élève réponde à l’examen. C’est par le biais des activités en classe que l’enseignant identifie les difficultés des élèves et les réfère à d’autres spécialistes.

Ce qu’il faut comprendre par ce propos, c’est que l’examen ne permet pas toujours de rendre compte de l’ensemble des apprentissages réalisés en classe. Au contraire, il cible souvent des contenus mémorisables et de base et laisse de côté des contenus plus complexes.

D’autres moyens existent pour s’assurer d’évaluer de façon plus exhaustive. Deux projets de recherche menés par des chercheurs de l’UQAC en collaboration avec des enseignants du primaire du Centre de services scolaire des Rives-du-Saguenay ont permis de développer de nouvelles avenues pour évaluer les apprentissages complexes comme l’observation, le suivi des activités d’apprentissage, les périodes d’échanges en classe, l’entrevue, etc. Ainsi, ces projets ont mis en évidence que les enseignants optaient déjà pour d’autres moyens d’évaluation, et ce, parce qu’ils ont à coeur la réussite de l’élève.

Ainsi, dans ce contexte de pandémie, la décision de réduire le nombre de bulletins amène une opportunité pour revenir à l’essentiel qui est de se concentrer sur l’apprentissage de l’élève et d’ouvrir sur une évaluation plus humaine et plus proche des activités réalisées en classe.