Des spécialistes mal-aimés

Bientôt un an que les techniciens automobiles chahutent sur le trottoir, et ce pendant que les concessionnaires «encombrent» les tribunaux pour réclamer le châtiment capital pour le moindre manquement à la discipline. Ainsi va le mouvement égalitaire des «carrés noirs»...
ls sont mal-aimés nos techniciens! On clame qu'ils gagnent des salaires démesurés. On n'a pas pitié pour eux, n'est-ce pas? À 90 ou 100$ de l'heure, réclamé par le patron, il est à croire que les mécaniciens s'en mettent plein les poches! Mais, avec de 20 à 30$ l'heure, selon leurs compétences, ils ne gagnent pas plus que les ouvriers de la construction et moins que ceux des grandes usines. Et ces électro-mécaniciens doivent de surcroît se soumettre à la formation continue pour répondre aux défis que leur pose l'évolution technologique galopante.
Depuis un an, ces mal-aimés «docteurs» de nos autos sont dehors. Dehors la compétence!
Les vendeurs et les cadres qui restent au travail ont bien sûr le droit de gagner leur vie. Sauf que depuis un an ça se fait sur le dos des exclus.
Et ces concessionnaires? Vous inspirent-ils davantage pitié? Avaient-ils l'air si mal en point au moment du déclenchement du lock-out? Reconnaissons toutefois qu'ils ont acquis leur aisance à investir et à travailler! Mais bon, quand même, ne pleurnichons pas trop...
Personne ne me croira. Mais, je sais par expérience qu'il est difficile de rentabiliser les opérations d'un atelier mécanique. Et tout, n'est pas qu'attribuable qu'à la convention collective. Indéniablement, les patrons ne peuvent en donner davantage et joyeux hasard, les syndiqués en sont sensibilisés et ouverts à la négociation.
Heureusement, fort heureusement, les concessionnaires sont d'abord des détaillants de véhicules et les fabricants leur accordent des marges bénéficiaires intéressantes et suffisantes pour assurer la vitalité de l'entreprise, d'une porte à l'autre, d'avant à l'arrière.
De plus, les concessionnaires offrent de lucratifs programmes d'assurances diverses, des plans de garantie prolongée pour que votre voiture ne «s'écroule» pas au bout de trois ans et des traitements antirouille à 600$. Pour contrer sa nature biodégradable?
Le service-après vente des concessionnaires est un mal nécessaire sinon les Costco et les Walmart de ce monde feraient tout le travail à leur place et à bien meilleurs prix.
Donnons notre appui aux commençants respectueux à l'endroit de la clientèle et de leurs employés.
Un médiateur a été nommé, ne nous attendons pas, quant à moi, à une grande ouverture de la part des «carrés noirs».
Jean-Marc Pagé
Saint-Fulgence
Ex-concessionnaire à Dolbeau-Mistassini
Père d'un lock-outé